Harpagophytum: coups de griffe du diable contre l’inflammation

Harpagophytum procumbens est une plante herbacée des régions désertiques du désert du Kalahari en Afrique du Sud, en Namibie et au Botswana.

C’est sa racine profonde et tubéreuse accompagnée de ses racines secondaires qui sont médicinales. Des tiges rampantes portent des feuilles opposées et après la pluie de jolies fleurs solitaires pourpres apparaissent. Elles donneront naissance à de volumineux fruits ligneux surmontés d’excroissances munies de crochets tels des grappins qui favorisent la dispersion des graines. C’est d’ailleurs le mot grec harpagos, grappin, qui a donné son nom à la plante. D’où son appelation de griffe du diable, car le fruit s’accroche aux sabots et aux poils des animaux qui ont du mal à s’en débarrasser. La demande en matière première est telle que le ministère de l’environnement Sud Africain a dû faire appel à des experts pour organiser les récoltes afin d’éviter l’appauvrissement des biotopes.

Fort heureusement, une deuxième espèce originaire des steppes d’Angola, Harpagophyum zeyheri, a été également acceptée à la pharmacopée européenne suite à nos travaux de pharmacologie au laboratoire de biologie végétale à l’Université de Metz, d’autant plus que la culture d’harpagophyton est difficile, en particulier dans les zones tempérées.

Iridoïdes, verbascoside et phytostérols

Les autochtones bushmans et bantous se servent des racines par voie orale pour soulager les douleurs, la fièvre et les indigestions et en application locale pour les affections cutanées et les écorchures. C’est au début du XXe siècle qu’un Allemand qui avait été bien soulagé par un remède traditionnel bushman a voulu connaître la fameuse plante qu’il contenait. Mais le guérisseur cachait dans le sol les parties aériennes de la plante après récolte des racines pour éviter de diffuser sa connaissance. C’est grâce à ses chiens de chasse que l’endroit fut découvert et que la plante fut récoltée et identifiée.

L’harpagophytum renferme des iridoïdes (harpagosides, procumbide, harpagide), du verbascoside et des phytostérols. De nombreux travaux ont démontré les effets anti-inflammatoires des extraits aqueux et hydroalcooliques des deux espèces à la fois dans des inflammations aiguës dans le test de l’oedème à la carragénine de la patte de rat et des des inflammations chroniques dans le test du granulome. Une action analgésique non opiacée a été aussi démontrée.

L’administration des iridoïdes (harpagoside) isolés n’a pas donné de bons résultats en pharmacologie préclinique, mais ce sont les extraits complexes qui donnent une bonne activité thérapeutique dans l’inflammation avec obtention d’une relation dose effet. Il y a probablement une synergie entre les iridoïdes et d’autres substances. Le mécanisme d’action est dû aux iridoïdes qui réduisent les médiateurs de la réaction inflammatoire : une diminution de la production de cytokines TNF-alpha, IL-1, IL-6, PGE-2 et d’eiconanoïdes et une inhibition de l’expression de COX-2. Des essais cliniques montrent une amélioration dans les douleurs articulaires, l’arthrose et les douleurs lombaires. Quelques essais cliniques montrent également l’effet des racines contre les troubles digestifs et comme stimulant de l’appétit.

Article écrit par Jacques Fleurentin tiré du quotidien du pharmacien n° 3674 du vendredi 26 mars 2021

Pas de commentaires

Laisser un commentaire

Follow by Email
LinkedIn
Share