tout savoir sur l'encens

L’encens, toute une histoire …

Les premières utilisations de l’encens remontent à plusieurs millénaires, et son efficacité dans les pathologies inflammatoires ne sont plus à prouver. Plus récemment, la recherche scientifique a mis en avant des propriétés anticancéreuses très prometteuses, mais les produits de santé à base d’encens retrouvés dans le commerce peuvent être de qualité très différentes, alors attention à ce que vous achetez. Voici quelques précisions sur cette drogue végétale.

Précisions sur l’identification botanique des Encens.

Une grande confusion existe dans les gammes de phytothérapie et d’aromathérapie retrouvées dans le commerce, les espèces végétales et variétés communément appelées « Encens » étant très nombreuses, leur point commun étant leur appartenance à la famille botanique des Burséraceae avec la particularité de sécréter un suc à l’incision du tronc de l’arbuste.

Les encens Boswellia sacra et Boswellia carteri sont originaires des régions désertiques d’Arabie du Sud et de la Somalie. Ils affectionnent les terrains calcaires et les sols caillouteux désertiques. Ce sont des arbustes de 3 à 5 mètres qui portent des branches au port étalé caractéristique avec des feuilles composées de six à huit paires de folioles. Les fleurs blanc-jaune apparaissent à l’aisselle des rameaux, le fruit est une capsule. Après incision du tronc, il s’écoule une résine lactescente à l’arôme agréable qui en durcissant se colore en jaune.

L’encens indien est l’exsudat résineux, séché à l’air, obtenu par incision du tronc des rameaux de Boswellia serrata Roxb. ex Colebr. et est inscrit à la Pharmacopée européenne, tout comme le Boswellia sacra.

Une autre espèce voisine, Boswellia erythraea Engl. var. glabrescens fournit l’Opopanax, utilisé dans les parfums comme fixateur et pour donner une note « orientale ».

Aussi, en aromathérapie, l’huile essentielle appelée Encens peut être extraite du Commiphora confusa Vollessen et sera originaire d’Afrique du Sud. En revanche, l’huile essentielle d’Encens véritable (appelé aussi Encens oliban ou Oliban) est elle extraite du Boswellia carteri Birdw. ou Boswellia sacra Flueck.

Partie de plante utilisée et composition chimique.

La gomme -résine jaune pâle ou rougeâtre, opaque ou translucide renferme au minimum 25% d’acides triterpéniques pentacycliques et tétracycliques exprimées en acide-béta-boswellique est inscrite à la Pharmacopée européenne et dispose d’une monographie de contrôle. Il est dispensé en pharmacie et est traditionnellement indiqué dans les inflammations chroniques, l’arthrose et les maladies inflammatoires des intestins. 

La gomme résine renferme une résine (25%) contenant des acides boswelliques alpha et béta et acétyl-béta (acides triterpéniques pentacycliques) et de l’acide tirucalléniques (acides triterpéniques tétracycliques), une huile essentielle (7,5-10 %) riche en alpha-thuyène, alpha-phéllandrène et alpha-pinène ainsi que des mucilages (23-36 %) avec du D-galactose (46 %) et du D-arabinose (12 %). Deux diterpènes, l’acétate d’incensyl et l’incensol ont été identifiés récemment. 

Les acides boswelliques. 

Ce sont des acides triterpéniques pentacycliques. L’acide boswellique (acide 3-alpha-hydroxy-12-ursèn-23-oïque), l’acide 3-O-acétyl-11-céto-boswellique (= AKBA) et les dérivés voisins (KBA, alpha et béta-BA, A-alpha et béta-BA) sont les constituants biologiquement actifs du salai guggal. Ces acides boswelliques sont également présents dans l’oliban ou encens véritable. 

L’activité anti-inflammatoire des acides boswelliques a été étudiée sur différents modèles animaux (arthrites induites et œdèmes) et il a été établi que l’AKBA et, dans une moindre mesure, l’acide boswellique, sont, in vitro, des inhibiteurs spécifiques de la 5-lipoxygénase (donc de la synthèse des leucotriènes), de la cyclo-oxygénase (COX-1) et de l’élastase leucocytaire. En culture cellulaire, l’acide boswellique empêche la production de PGE2 par inhibition de la prostaglandine E synthase microsomiale (mPGES1). Chez le Rat, ce même acide réduit la production de cette PGE2 induite par le lipopolysaccharide (plus globalement les acides boswelliques s’opposent aux réponses cellulaires induites par ce LPS). Ces acides interfèrent aussi avec la cathepsine G, une sérine-protéase libérée par la dégranulation des neutrophiles et qui dégrade les protéoglycanes, le collagène et autres protéines. On note aussi, in vitro, des activités cytotoxique, antitumorale et anti-angiogénique pour ces molécules.

Ils sont absents de l’huile essentielle hydrodistillée et retrouvée très largement dans le commerce puisque trop lourd pour être extraits rapidement par cette méthode. Néanmoins, ils peuvent être retrouvés dans les huiles essentielles extraites par la technique du CO2 supercritique, ou par une distillation très longue. En effet, pour extraire les acides boswelliques, la distillation doit se faire avec une température comprise entre 76 et 100 °C pendant au minimum 12 heures.

Propriétés pharmacologiques démontrées. 

Effet anti-inflammatoire. 

Des extraits alcooliques réduisent l’inflammation aigüe de l’œdème de la patte de rat induit par la carragénine et sont également actifs dans des arthrites chroniques expérimentales chez le rat. Ces extraits et les acides boswelliques (principes actifs) inhibent in vitro la 5-lipoxygénase et réduisent la dégradation des glycosaminoglycanes impliqués dans l’élaboration des cartilages, alors qu’à l’inverse, les anti-inflammatoires AINS diminuent leur synthèse. Des études cliniques ont montré l’action antalgique chez des patients atteints d’arthrose du genou ainsi que l’efficacité.

Des études cliniques ont démontré l’efficacité d’extraits pris par voie orale dans le traitement des crises de rectocolites hémorragiques et de la maladie de Crohn. Ces résultats sont comparables au produit de référence, la sulfasalazine. 

L’effet anti-inflammatoire serait dû à la présence d’incensol et d’acétate d’incensyl.

Effets anxiolytique et antidépresseur.

Mis en évidence chez la souris avec l’acétate d’incensole et l’incensole. Ce sont des inhibiteurs du NF-kB, également impliqués dans l’action anti-inflammatoire.

Effet cytotoxique.

Les acides boswelliques induisent la mort naturelle (apoptose) de cellules tumorales dans différents modèles de cultures cellulaires cancéreuses in vitro (foie, cerveau, colon, prostate, …).

Conclusion.

Pour une utilisation en thérapeutique, faites bien attention aux produits que vous avez dans les mains, et renseignez-vous auprès d’un professionnel de santé pour plus de sécurité concernant les formes galéniques et voies d’administration recommandées. Les huiles essentielles ne contiennent habituellement pas les acides boswelliques puisque trop lourds pour être extraits lors de la distillation. Seule une distillation à de hautes températures pendant une longue durée permet d’en extraire ces principes actifs, augmentant considérablement le coût de l’huile essentielle obtenue. Les huiles essentielles d’encens, étant très riches en monoterpènes et en particulier l’alpha-pinène, auront tout de même une activité anti-inflammatoire, mais seront utilisées préférentiellement par voie cutanée diluée dans une huile végétale.

Concernant les utilisations dans les pathologies inflammatoires des intestins (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique), utiliser plutôt la résine inscrite à la Pharmacopée européenne, accompagné de votre médecin.


Références.

Sites internet : Tela-botanica, Wikiphyto

Fleurentin Jacques. Du bon usage des plantes qui soignent. Edition Ouest France, 2016

Bruneton Jean. Pharmacognosie, Phytochimie et Plantes médicinales, 5ème édition. 2016.

Benjamin Delfaut. Boswellia serrata Roxb. ex Colebr. : une plante ancienne aux propriétés nouvelles. Sciences pharmaceutiques. 2018. Dumas-01845371

Chen Y, Zhou C, Ge Z, et al. Composition and potential anticancer activities of essential oils obtained from myrrh and frankincense. Oncology Letters. 2013;6(4):1140-1146. doi:10.3892/ol.2013.1520

Mahmoud M Suhail, Weijuan Wu, Amy Cao, Fadee G Mondalek, Kar-Ming Fung, Pin-Tsen Shih, Yu-Ting Fang, Cole Woolley, Gary Young, Hsueh-Kung Lin. Boswellia sacra essential oil induces tumor cell-specific apoptosis and suppresses tumor aggressiveness in cultured human breast cancer cells. BMC Complementary and Alternative Medicine 2011, 11:129

Suhail MM, Wu W, Cao A, Mondalek FG, Fung KM, Shih PT, Fang YT, Woolley C, Young G, Lin HK. Boswellia sacra essential oil induces tumor cell-specific apoptosis and suppresses tumor aggressiveness in cultured human breast cancer cells. BMC Complement Altern Med. 2011 Dec 15;11:129. doi: 10.1186/1472-6882-11-129.

Frank MB, Yang Q, Osban J, Azzarello JT, Saban MR, Saban R, Ashley RA, Welter JC, Fung KM, Lin HK. Frankincense oil derived from Boswellia carteri induces tumor cell specific cytotoxicity. BMC Complement Altern Med. 2009 Mar 18;9:6. doi: 10.1186/1472-6882-9-6.

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