La vitamine C … quelle histoire !

La vitamine C … quelle histoire !

La vitamine C est la plus consommée dans le monde, la plus célèbre des vitamines et la plus adulée pour ses nombreuses propriétés thérapeutiques. Utilisée depuis plus de 3500 ans, elle est réputée pour stimuler puissamment l’organisme en cas de fatigue et constituer un rempart contre les infections surtout virales. La vitamine C est consommée sous forme d’aliments, de compléments alimentaires, voire même de médicaments.

La lettre C de cette vitamine lui a été attribuée car elle fut isolée initialement à partir du citron. Sa dénomination scientifique est acide ascorbique ou  (2R)-2-[(1S)-1,2-dihydroxyéthyl]-4,5-dihydroxyfuran-3-one. Cette appellation évoque quant à elle sa fonction identitaire, c’est-à-dire guérir du scorbut, véritable fléaux touchant des millions de personnes.

La vitamine C a été isolée et identifiée en 1931 par Albert Szent-Gyorgyi (Prix Nobel de médecine et physiologie en 1937). Elle a été synthétisée à partir du D-glucose en 1933 par Tadeusz Reichstein, puis en 1934 par Walter Norman Haworth (Prix Nobel de chimie en 1937). La synthèse de Reichstein a certes été améliorée, mais son principe est toujours à la base d’une production annuelle de plus de 80 000 tonnes (50% pour la pharmacie et la parapharmacie, 25% comme conservateur dans l’agroalimentaire, 15% dans les boissons, le reste pour la nutrition animale).

La vitamine C est trouvée à des concentrations variées dans de nombreux fruits (agrumes, baies, etc.), légumes (choucroute, pomme de terre, etc.), dans le foie, etc. Elle est biosynthétisée dans la plupart des plantes et des animaux… à l’exception des anthropoïdes (dont l’espèce humaine), des cochons d’Inde, de passereaux et quelques autres espèces. Cette surprenante propriété serait le résultat de mutations génétiques, survenues il y a 40 millions d’années, l’une bloquant la transformation du glucose en acide ascorbique, l’autre la dégradation de l’acide urique (une autre «erreur génétique» caractéristique des grands primates, dont l’homme).

La vitamine C naturelle (seul l’énantiomère L est biologiquement actif), nécessairement exogène chez l’homme, intervient dans de nombreux processus biologiques. Elle agit en tant que cofacteur dans au moins huit réactions enzymatiques, comme la synthèse de collagènes, dont le dysfonctionnement est à l’origine du scorbut. Elle intervient dans la synthèse des globules rouges et protégerait des maladies cardio-vasculaires et de l’hypertension.

On recommande la vitamine C en cas de rhume et autres désagréments liés à l’hiver, sans que les nombreuses études menées aient permis de montrer que sa prise régulière à titre préventif puisse avoir un effet protecteur. Mais il ne faut pas sous-estimer les effets dits placebo, que l’on appelle maintenant effets contextuels.

La médecine orthomoléculaire, terme inventé en 1968 par le double prix Nobel (Chimie et Paix) Linus Pauling, propose de soigner par l’apport optimal de substances naturellement connues de l’organisme, et donc reconnues par lui, par opposition à l’utilisation de molécules à effets thérapeutiques créées par l’homme. Pour la vitamine C, exogène, au contraire d’un certain nombre de vitamines et d’acides aminés synthétisés dans le corps humain, l’argumentaire justifiant son action est un peu acrobatique. Une méta-analyse récente (2008) ne confirme pas les allégations des tenants de cette approche (leurs organes de publication ne sont plus indexés par la National Library of Medicine depuis 1970).

L’acte de naissance de l’essai clinique sous sa forme moderne date pourtant de l’expérience de James Lind en 1747, chirurgien britannique qui compara méthodiquement les effets de six «remèdes» sur six couples de marins lors d’un voyage au long cours. Seuls les deux marins à qui on avait donné quotidiennement 2 oranges et 1 citron, ne furent pas atteints par le scorbut. Des expériences de scorbut induit puis traité furent effectuées durant la Seconde Guerre mondiale en Angleterre sur des objecteurs de conscience, et vers la fin des années 1960 sur des prisonniers en Iowa (États-Unis). Elles montrèrent la réversibilité de l’atteinte et la variation concomitante de la concentration de la vitamine C dans les cellules sanguines, associées à des problèmes cardiovasculaires.

Article tiré de la société chimique de France (http://www.societechimiquedefrance.fr/vitamine-c.html)

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