L’ayurveda

La médecine ayurvédique

Selon une ancienne légende indienne, un maître gourou appelé Atreya avait un étudiant, Jivaka. Après avoir étudié avec Atreya depuis de longues années, Jivaka demanda à son maître s’il pouvait partir aider ses semblables. Atreya lui dit : « Permet-moi de te soumettre à un dernier test. Part et cherche dans un rayon de 8 miles de notre ashram et collecte toutes les plantes qui ne possèdent aucune propriété médicinale. » L’étudiant s’en alla et examina toutes les plantes qu’il trouva. Il goûtait les fruits de toutes les plantes, et examinait les feuilles et les fleurs. Finalement il revint à l’ashram et dit : « Je n’ai pu trouver une seule plante qui ne possédait aucun intérêt pour la médecine. » Atreya, réjoui, embrassa Jivaka et lui dit : « Tu es enfin prêt pour aider ton peuple. » Cette leçon de 3000 à 4000 ans est encore valable de nos jours.

En sanskrit, le système classique de la médecine indienne est appelé âvurveda, « la connaissance (veda) pour la longévité (âvus) ». L’âvurveda est un vaste ensemble de doctrines et de pratiques médicales, aux aspects préventifs et curatifs. Il consiste en un grand nombre de conseils pratiques sur presque tous les aspects imaginables de la vie, du nettoyage des dents à la diète, en passant par l’exercice et le régime. La théorie de l’âyurveda repose sur une doctrine de trois humeurs (vent, bile, phlegme) et de sept constituants corporels (chyle, sang, chair, graisse, os, moelle et semence). Ses remèdes sont essentiellement à base de plantes et il enseigne une vaste gamme de thérapies, avec lavements, massages, onguents, lavages internes, sudation et chirurgie.

La médecine ayurvédique est probablement issue des médecines védiques qui se sont développées en Inde dans l’Antiquité. La période d’or de l’Âyurveda se situe entre 800 av. J.-C. et 1000 apr. J.-C. A cette époque, l’Inde était en contact avec la Grèce, l’Egypte, la Mésopotamie. Il est évident que certaines pratiques médicales de la Grèce et de l’Inde, en particulier la façon d’utiliser les plantes, se sont mutuellement influencées, et ceci plus particulièrement après la conquête de l’Inde de l’Ouest par Alexandre le Grand en 326 av. J.-C.

Les textes de l’âyurveda sont rédigés en sanskrit classique, bien que beaucoup soient aujourd’hui disponibles en langues indiennes modernes (surtout en hindi), voire, pour certains, en langues européennes. Quantité de textes sanskrits sont consacrés à l’exposition de l’âyurveda. Les tout premiers de ces textes, sont les Caraka Samhitâ et Susruta Samhitâ. le terme sanskrit samhitâ signifie « compendium » (abrégé, condensé), tandis que Carakâ et Susrutâ sont deux noms propres, d’où les traductions respectives de « compendium de Caraka » et de ‘compendium de Susruta ». Un troisième texte ancien, le Bhela Samhitâ, n’est parvenu jusqu’à nous que par un unique manuscrit endommagé. Le Caraka Samhitâ et le Susruta Samhitâ sont deux textes très longs : traduits en anglais, ils dépassent respectivement les mille et mille sept-cents pages. Ces deux textes sont la pierre angulaire de l’âyurveda. Bien que de nombreux autres textes abordent le sujet, ils constituent le fondement du système et sont constamment cités ou paraphrasés dans les autres ouvrages.

Les préparations médicinales décrites dans les Caraka Samhitâ et Susruta Samhitâ contiennent un vaste assortiment de substances animales, végétales et minérales. Une analyse des prescriptions du Caraka Samhitâ évalue à 177 les substances d’origine animale (dont les excréments de serpent, les fumées de serpent brûlé, le lait, la chair, la graisse, le sang, les matières fécales ou l’urine de différents animaux – tels le cheval, la chèvre, l’éléphant, le chameau, la vache et le mouton -, les oeufs de moineau, de paon et de crocodile, la cire et le miel d’abeilles, une soupe de diverses viandes, etc.), à 341 celles d’origine végétale (dont des graines, des fleurs, des fruits, des écorces, des feuilles, etc.) et à 64 celles d’origine minérale (dont la cendre, diverses gemmes, l’argent, le cuivre, le sel, l’argile, l’étain, le plomb, l’or, le verre, l’orpiment, le souffre, etc.)

Le diagnostic et les aspects pratiques de l’âyurveda demandent idéalement une connaissance approfondie des textes sanskrits de référence. Le bon médecin (vaidya) est censé mémoriser une somme immense de matériau, essentiellement sous forme de versets médicaux indiquant la correspondance entre les trois humeurs – le vent, la bile, le phlegme (vâyu, pitta, slesman) – et les différents symptômes, maladies, herbes et traitements. A chaque examen d’un patient et de ses symptômes, le vaidya devrait voir surgir dans son esprit les versets textuels se rapportant à l’état auquel il était confronté. ces versets devraient ensuite en appeler d’autres, évoqués les mêmes combinaisons clés de références humorales, formulant le pronostic et le traitement.

Dans l’Âuyrveda contemporain, une grande place continue à être dévolue à la médecine préventive, notamment à l’alimentation et à l’hygiène. Le diagnostic repose sur un interrogatoire et sur un examen attentif du patient en huit points : prise de pouls, examen d’urine et de la langue, examen des sécrétions, etc. Le traitement s’individualise en fonction de chaque patient. La pharmacopée indienne contemporaine, publiée en 2001, présente 258 monographies de plantes médicinales. Actuellement, en Inde, la médecine ayurvédique cohabite avec la médecine occidentale et les médecines « Unani » et « Siddha », deux autres systèmes médicaux traditionnels. Elle est enseignée dans une centaine de faculté ou collèges et pratiquée dans 12 000 hôpitaux et dispensaires. Elle a également été exportée en Occident, notamment au Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale.

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