Quand le venin devient médicament.

Quand le venin devient médicament, rédigé par Eléonore Gawel (Interne des Hôpitaux) et Docteur Christine Damase-Michel de Toulouse.

Les venins d’animaux sont utilisés depuis l’Antiquité à des fins guerrières et récréatives, mais également pour leurs vertus médicinales. C’est ainsi qu’Hippocrate utilisait le venin d’abeille pour traiter l’arthrite, tandis que, dans la médecine traditionnelle chinoise, les sangsues étaient déjà réputées pour leur activité anticoagulante via l’hirudine contenue dans leur salive?

Les venins sont composés de toxines et d’enzymes, toxiques à forte dose, mais capables de soigner à des doses réduites. On décrit classiquement 5 grands groupes : des toxines cardioactives, des hémotoxines, des myotoxines, des neurotoxines et des toxines vasoactives.

L’exemple le plus marquant des médicaments à base de venin est celui du captopril. C’est dans les années soixante que le chercheur brésilien Sergio Ferreira s’intéresse au venin d’une vipère, le Bothrops jararaca, qui contient une toxine vasoactive capable de provoquer une chute de la pression sanguine artérielle chez sa proie. Sergio Ferreira décrit alors un mélange de peptides capables d’agir sur l’enzyme de conversion de l’angiotensine. Après de nombreuses études de relation structure-activité et de modifications chimiques (notamment dans le but d’obtenir une molécule administrable par voie orale), le captopril est commercialisé à partir de 1981 sous le nom de spécialité Lopril. Cet antihypertenseur sera le « chef de file » d’une longue série de médicaments caractérisés par leur suffixe « -pril ».

Par la suite, d’autres médicaments issus de venins obtiendront une AMM dans des indications bien spécifiques. Le ziconotide-Prialt, dérivé d’une neurotoxine extraite de cône marin, est utilisé comme antalgique par voie intrarachidienne dans la prise en charge de la douleur chronique rebelle aux morphiniques. Le tirofiban Agrastat et l’epfibatide Integrilin, tous deux synthétisés à partir du venin de serpents, sont des antiagrégants plaquettaires de la classe des antagonistes du récepteur Gp IIb/IIIa. L’exenatide Byetta quant à lui, administré par voie sous cutanée dans la prise en charge du diabète de type II, est un analogue de GLP1 humain, synthétisé à partir des sécrétions salivaires d’un lézard mexicain, le monstre de Gila.

Les venins sont également utilisés en recherche fondamentale, en diagnostic médical et, plus récemment, en cosmétologie ! « Tout est poison, rien n’est poison … »

Article tiré de BIP Occitanie, juin 2018.

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