L’aconit napel : une plante toxique qui soigne.

L’aconit napel (Aconitum napellus L., famille des Ranunculacées) : une plante toxique qui soigne.

La confusion entre les plantes peut être dangereuse voire même devenir mortelle. Malheureusement, un cas d’intoxication mortelle avec de l’aconit début juin 2018, doit nous rappeler combien il faut rester vigilant et prudent lorsque nous cueillons des plantes condimentaires ou médicinales sans validation d’un expert. Aussi, voici l’article dédié à cette plante dans le livre Des plantes toxiques qui soignent écrit par Jacques Fleurentin et édité en novembre 2011 aux éditions Ouest-France.

Tradition.

Dioscoride (Ier siècle) signale qu’avec l’aconit napel, on empoisonne les loups, mais en fait l’aconit tue-loup (A. vulparia) est une espèce différente et également toxique.

En médecine arabe, l’aconit est considérée comme le plus redoutable des poisons, utilisé aussi pour la confection de flèches empoisonnées pour la chasse ou la guerre. Avicenne (Xe siècle) le recommande en friction contre la lèpre.

Les médecines chinoise, indienne et japonaise ont recours à différentes espèces d’aconits locales qui doivent être préalablement détoxifiées avant administration contre les névralgies, les douleurs et les rhumatismes. En Chine, les racines sont préparées par une décoction de quatre à six heures ou par un traitement à la vapeur pendant six à huit heures ; au Japon, elles sont autoclavées à 110 degrés pendant quarante minutes ; et en Inde, macérées au soleil dans de l’urine de vache pendant trois jours. Cette préparation hydrolyse les alcaloïdes majeurs en dérivés moins toxiques. Des empoisonnements sont signalés en Chine dans le Sichuan.

Storck (XVIIIe siècle) rapporte une expérience qu’il réalisa sur lui-même et au cours de laquelle il observa la diminution des douleurs dues aux névralgies et aux rhumatismes. Leclerc (XXe siècle) reconnaît une action sur les inflammations des voies respiratoires, de la gorge, des cordes vocales et dans le zona ophtalmique. En 1814, des Vosgiens préparèrent une soupe de légumes en y ajoutant des feuilles d’aconit pour se venger des cosaques qui avaient tué trois enfants dans le village : tous les cosaques périrent.

Toxicité.

La toxicité est connue et redoutée depuis l’Antiquité chez les Grecs et les Romains.

Confondues avec des racines alimentaires, une dizaine de grammes de racines d’aconit sont mortels, tout comme 3 mg d’aconitine (2 à 4 g de racines), un des poisons végétaux les plus redoutables.

La consommation de racine, à la saveur douce puis âcre, procure des picotements dans la bouche puis un engourdissement de la langue, de la gorge et de la face ; surviennent ensuite des angoisses, un effet anesthésique avec sensation de sang glacé, une baisse de la température, un trouble du rythme cardiaque, une baisse de la respiration et la mort. Pendant toute cette phase d’agonie, la conscience reste intacte.

Botanique.

L’aconit napel est une plante herbacée vivace habituée des zones marécageuses et montagneuses d’Europe et d’Asie septentrionale. Sa tige de 1 m de haut porte des feuilles à sept ou huit lobes découpés en fines lanières avec à son sommet un épi floral formé d’élégantes fleurs violettes ou bleues formant un casque à la partie supérieure. Les fruits sont constitués de trois follicules contenant des graines noires. Les parties souterraines comprennent un rhizome aux épaisses racines noirâtres.

L’aconit féroce (Aconitum ferox), originaire du sous-continent indien, habitué de l’Himalaya, est le plus toxique des aconits.

Partie utilisée.

La racine tubérisée renflée en forme de navet (napellus) récoltée au moment de la floraison ainsi que les feuilles.

Chimie.

La racine renferme des alcaloïdes, principalement l’aconitine ou acétyl benzoyle aconine, mais aussi de la néopelline, de l’hypoaconitine et de la jesaconitine.

Pharmacologie.

L’aconitine excite puis paralyse les terminaisons nerveuses périphériques et les centres nerveux du bulbe. Elle ralentit la respiration et perturbe la conduction au niveau cardiaque.

Indications thérapeutiques et réglementation.

La feuille (1949) était inscrite à la pharmacopée française. La racine et la teinture sont inscrites à la pharmacopée française (10e édition) et disposent d’une monographie de contrôle.

La teinture de racine et la poudre de feuilles étaient principalement prescrites dans les névralgies faciales impliquant le nerf trijumeau, mais aussi dans la toux, les affections respiratoires et les affections buccales.

Elle n’est plus employées en raison de la faible marge de sécurité thérapeutique et les risques d’effets toxiques secondaires.

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