Les huiles essentielles de citronnelles.

Les huiles essentielles de citronnelles.

Les citronnelles sont des herbes vivaces à feuilles linéaires en touffes, raides, à fleurs en épis. On distingue principalement les citronnelles de Java, de Ceylan, le Lemongrass et le Palmarosa. Toutes ces citronnelles appartiennent à la famille des Poacées et sont originaires d’Asie tropicale. Les huiles essentielles sont obtenues par distillation par entraînement à la vapeur d’eau de l’herbe et sont toutes réputées insectifuges. Elles ne devront pas être utiliser chez la femme enceinte et allaitante, chez l’enfant en dessous de 7 ans ou en cas d’asthme, d’épilepsie ou d’allergie.

L’huile essentielle de Citronnelle de Ceylan, Cymbopogon nardus. est originaire du Sri Lanka. Elle est principalement composée de géraniol, bornéol (monoterpénols), de citronnellal (monoterpénals), de formiate et butyrate de géranyle (esters terpéniques) et de méthyl-isoeugénol (phénols méthyl-éthers). Elle possède des propriétés anti-infectieuses, antispasmodique, anti-inflammatoire, et elle est traditionnellement utilisée en cas de colite spasmodique, entérocolite infectieuse, de douleurs pelviennes, de rhumatisme et arthrite.

L’huile essentielle de Citronnelle de Java, Cymbopogon winterianus, est originaire du Vietnam. Elle est principalement composée de géraniol, citronnellol (monoterpénols), d’acétates de géranyle et de citronnellyle (esters terpéniques) et de citronnellal (aldéhydes monoterpéniques). Elle possède des propriétés anti-infectieuses et anti-inflammatoirse et elle est indiquée en cas de pathologies infectieuses, inflammatoires et rhumatismales.

L’huile essentielle de Lemongrass est extraite du Cymbopogon flexuosus Watson., mais est une autre espèce porte aussi le même nom, il s’agit du Cymbopogon citratus (DC) Stapf. Couramment appelées Citronnelle indienne ou Verveine des Indes, ces deux espèces de citronnelles sont cultivées au Guatemala, au Brésil, en Chine, en Zambie, dans l’ouest de l’Inde, ainsi qu’au Vietnam et au Sri Lanka. Elle sont principalement constituées de néral, géranial et citronnellal (aldéhydes monoterpéniques) ainsi que de limonène (monoterpène). Le Cymbopogon flexuosus possèdera néanmoins une plus grande diversité en composés biochimiques (monoterpénols, sesquiterpénols, etc.). L’huile essentielle de Lemongrass possède des propriétés négativantes, toniques digestive, vasodilatatrices, anti-inflammatoires et sédatives. Elle est indiquée en cas d’insuffisances digestive et hépatique, de cellulite, d’artérite, de dystonie neurovégétative. Cette huile essentielle peut être irritante en cas d’utilisation par voie cutanée (dilution dans de l’huile végétale).

L’huile essentielle de Palmarosa, Cymbopogon martinii var. Motia, appelée aussi Géranium des Indes, est originaire du Guatemala, d’Inde et du Vietnam. Principalement composée de linalol, géraniol, nérol (monoterpénols), d’élémol (sesquiterpénols) et de formiate de géranyle, de néryle, et d’acétate de géranyle (esters terpéniques et aliphatiques), elle possède des propriétés positivantes, anti-infectieuses et toniques, et elle est indiquée traditionnellement en cas de pathologies infectieuses ORL, gynécologiques et dermatologiques. Elle s’utilise par voie orale, cutanée et en diffusion atmosphérique.

L’huile essentielle de Gingergrass est quant à elle extraite d’une variété différente du Cymbopogon martinii : la variété Sofia. Plus confidentielle, elle est principalement composée de limonène, alpha-phellandrène (monoterpènes), de géraniol (monoterpénols) et de carvone (monoterpénones). Les propriétés et indications thérapeutiques seront similaires à celles du Palmarosa, bien que la présence de carvone nécessite une plus grande prudence dans son utilisation.

Pour différencier toutes ces citronnelles, outre les notes olfactives propres à chaque huile essentielle, nous pouvons nous référer à la proportion entre les alcools monoterpéniques et les aldéhydes monoterpéniques. Toutes possèdent une activité anti-inflammatoire et anti-infectieuse mais des différences apparaissent. Ainsi, l’huile essentielle de Palmarosa possède une plus grande activité anti-infectieuse que la Citronnelle de Ceylan, elle même plus importante que la Citronnelle de Java et enfin que le Lemongrass, du fait de la teneur plus importante en alcools monoterpéniques. De la même manière l’huile essentielle de Lemongrass possède une plus grande activité anti-inflammatoire que la Citronnelle de Java, elle m-même plus importante que la Citronnelle de Ceylan et enfin que le Palmarosa, du fait de la teneur plus importante en aldéhydes monoterpéniques. Dans tous les cas, ces huiles essentielles seront drainantes et répulsives à insectes.

L’hypothyroïdie, qu’est-ce que c’est ?

L’hypothyroïdie, qu’est-ce que c’est ?

L’hypothyroïdie correspond à un dérèglement de la glande thyroïde qui s’accompagne d’une diminution de la sécrétion d’hormones thyroïdiennes. Elle se caractérise par un ralentissement de la majorité des fonctions de l’organisme, ce qui entraîne notamment : une fatigue chronique, une sensibilité au froid augmentée, une prise de poids, un rythme cardiaque anormalement lent, une peau sèche, de la dépression ou des troubles de la mémoire. L’hypothyroïdie est souvent due à un dérèglement du système immunitaire qui attaque les cellules de la thyroïde et réduit la production d’hormones. Son traitement consiste à prendre des hormones thyroïdiennes de remplacement tout au long de la vie.

Comment fonctionne la glande thyroïde ?

La thyroïde est constituée de deux lobes, situés de part et d’autre du larynx, à la base du cou. Cette glande sécrète des hormones qui sont la tri-iodothyronine (également appelée T3) et la thyroxine (également appelée tétra-iodothyronine ou T4). Ces hormones jouent un rôle essentiel dans la croissance des os, le développement intellectuel mental, l’utilisation des graisses et des sucres par le corps. De plus, elles augmentent la consommation d’oxygène et d’énergie par les cellules.

La production d’hormones par la thyroïde est régulée par une hormone stimulante, la TSH (Thyroid Stimulating Hormone, également appelée thyréostimuline). La TSH est sécrétée par l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau. Cette régulation repose sur le principe du thermostat : une baisse des taux sanguins de T3/T4, comme c’est le cas lors d’une hypothyroïdie, entraîne une augmentation du taux sanguin de TSH afin de stimuler la thyroïde à produire plus de T3/T4. À l’inverse, un taux sanguin excessif de T3/T4 (une hyperthyroïdie) provoque une chute du taux sanguin de TSH pour freiner l’activité de la thyroïde.

La présence d’iode dans la thyroïde est indispensable à leur synthèse et, pour cette raison, la thyroïde a la propriété d’accumuler l’iode fournie par les aliments.

Qu’est-ce que l’hypothyroïdie ?

L’hypothyroïdie se caractérise par une diminution ou une absence de production des hormones thyroïdiennes. Il en existe deux types : l’hypothyroïdie dite « périphérique », conséquence d’une maladie de la glande thyroïde elle-même, et l’hypothyroïdie dite « centrale », lorsque l’hypophyse ne secrète pas assez de TSH.

L’insuffisance d’hormones thyroïdiennes dans le sang diminue le métabolisme de manière générale et peut être à l’origine de symptômes variés.

Qui est touché par l’hypothyroïdie ?

On estime qu’entre 3 et 10 % des Français souffrent d’hypothyroïdie, ce pourcentage augmentant avec l’âge. Les femmes, en particulier après 50 ans, sont deux à trois fois plus touchées que les hommes.

Dans les pays industrialisés, les personnes les plus susceptibles d’être atteintes d’hypothyroïdie sont :

les femmes de plus de 60 ans : plus de 10 % d’entre elles seraient touchées ;
les femmes ayant accouché dans l’année : entre 5 et 8 % d’entre elles seraient touchées de manière transitoire par une inflammation de la thyroïde, ou thyroïdite « post-partum », qui provoquerait une hypothyroïdie durable dans 20 % des cas ;
les personnes ayant des antécédents personnels ou familiaux de maladie de la thyroïde ;
les personnes souffrant de maladies auto-immunes comme, par exemple, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite, la maladie de Gougerot-Sjögren, le psoriasis, etc.

Quels sont les symptômes de l’hypothyroïdie ?

En cas d’hypothyroïdie, de nombreux symptômes peuvent être observés, mais chaque patient n’en exprime que quelques uns. Comme l’hypothyroïdie est une maladie qui apparaît lentement, il est fréquent que la personne n’identifie pas ces symptômes comme étant causés par une seule maladie. Elle se sent fatiguée, déprimée ou essoufflée à l’effort, mais ne fait pas le lien entre ces signes. L’hypothyroïdie est souvent diagnostiquée lorsque d’autres causes plus évidentes ont été éliminées.

Les symptômes de l’hypothyroïdie varient selon le degré du déficit en hormones thyroïdiennes. Il est assez fréquent que l’hypothyroïdie soit modérée et ne produise pas de symptômes notables. On parle alors d’hypothyroïdie infraclinique (ou « frustre » ou « asymptomatique » ou « occulte »). Cette forme d’hypothyroïdie est particulièrement observée chez les personnes âgées de plus de 60 ans et chez les enfants.

Lorsque l’hypothyroïdie s’aggrave, on peut observer :

de la fatigue chronique et un manque d’énergie ;
des difficultés de concentration et des troubles de la mémoire, surtout chez les personnes âgées ;
des symptômes dépressifs (manque de motivation, troubles du sommeil, etc.) ;
une tendance à être frileux même quand la température est agréable ;
des crampes musculaires et des fourmillements dans les membres ;
un rythme cardiaque anormalement lent (bradycardie) qui peut se traduire par un essoufflement à l’effort ;
une sécheresse et une pâleur de la peau, associées à des cheveux et des ongles secs et cassants ;
une prise de poids malgré un appétit normal ;
un taux sanguin de cholestérol anormalement élevé ;
de la constipation ;
chez les femmes, des règles irrégulières et des problèmes de fertilité.

Le goitre (gonflement à la base du cou), autrefois classiquement associé à l’hypothyroïdie, est devenu rare car il n’apparaît que tardivement en l’absence de traitement.

Quelles sont les complications de l’hypothyroïdie ?

Si l’hypothyroïdie n’est pas diagnostiquée ou traitée chez un adulte (et en particulier une personne âgée), un gonflement du visage (myxœdème) accompagné d’une peau jaune et sèche, voire un coma, peuvent survenir. Mais il s’agit d’une complication devenue exceptionnelle de nos jours. Il semblerait également qu’une hypothyroïdie fruste non soignée puisse augmenter le risque d’accidents cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, etc.).

Chez les enfants, une hypothyroïdie non soignée entraîne des complications graves : petite taille (nanisme) et retard mental important (le « crétinisme »).

Extrait de la Newsletter EurakaSanté de juin 2018.

Le manganèse

Le manganèse.

Le manganèse est un minéral méconnu à tort car il est associé à plusieurs fonctions vitales de l’organisme. Élément chimique de numéro atomique 25 et de symbole Mn, il est un métal dit de transition.

La minéralogie et la chimie suédoise ont révélé l’élément « manganèse » dans la magnésie noire ou « magnesia nigra » en latin, mais ce composé minéral est déjà bien connu dans l’Antiquité et prend sa dénomination de la cité lydienne de Magnésie du Sipyle, qui en faisait commerce (la Magnésie désignait une région naturelle d’Asie Mineure riche en aimants naturels).

Quelle est l’action du manganèse sur l’organisme ?

C’est tout d’abord le cofacteur de trois enzymes importantes : le superoxyde-dismutase, le pyruvico-carboxylase et le glycosyl-transférase.

Le superoxyde-dismutase dont il entre dans la composition est l’un des deux enzymes anti-radicalaires (le second est le glutathion peroxydase). A ce titre, il fait barrière aux radicaux libres qui sont des agents du vieillissement, protégeant les membranes cellulaires contre une érosion dégénérante.

L’enzyme pyruvico-carboxylase, lui, intervient dans le cycle de Krebs qui commande la production d’énergie au niveau des mitochondries cellulaires, autre fonction réellement majeure du manganèse.

Quant à l’enzyme glycosyl-transférase , il intervient dans la synthèses des mucopolysaccharides qui sont des agents structurant des tissus conjonctifs articulaires, contribuant à la consolidation des cartilages affectés par l’arthrose.

Mais ce n’est pas tout. Le manganèse est nécessaire à la synthèse de l’interféron, élément clé de la défense de l’organisme contre les infections microbiennes et virales, d’où sa fonction immunostimulante.

Sans oublier ses autres actions : il intervient dans le métabolisme des lipides et des glucides, dans la synthèse des hormones thyroïdiennes et sexuelles, et dans la prévention contre les manifestations allergiques. Enfin, le manganèse est reconnu actif pour stimuler le système nerveux et les fonctions cognitives.

Carence.

La carence en manganèse se manifeste principalement par des problèmes articulaires, des allergies, un manque de réflexe, des pertes de mémoire, une fatigue générale.

Surdosage.

La manganèse non assimilé par l’organisme pour satisfaire ses besoins est excrété par le foie, via la vésicule biliaire. Or, en cas de calculs biliaires qui font obstacle à cette excrétion naturelle, une rétention de manganèse est possible.

Surgit alors un problème : le manganèse non assimilé et non excrété interfère de façon négative avec le fer dont il freine l’absorption, ce qui est un vrai problème étant donné l’importance du fer dans la physiologie.

Besoins ne manganèse.

Enfant 1 à 3 ans : 1,2 mg/jour / Enfant 4 à 10 ans : 1,5 mg/jour / Adolescent : 1,9 mg/jour / Adulte (homme) : 2,3 mg/jour / Adulte (femme) : 1,9 mg/jour / Femme enceinte : 2 mg/jour / Femme allaitante : 2,5 mg/jour

Besoins accrus.

Femmes prenant un contraceptif oral (qui freine l’absorption du manganèse) / Personnes ayant un terrain allergique.

Teneur des aliments en manganèse (mg / 100 g)

Noisette : 4,20 / Châtaigne : 3,70 / Myrtille : 3,30 / Pois cassé : 2,40 / Soja en grains : 2,30 / Haricot blanc : 2 / Amande : 1,80 / Noix : 1,70 / Arachide : 1,50 / Noix de coco : 1,40 / Ail : 1,30 / Pain complet : 1,20 / Ananas : 1 / Betterave : 0,90 / Persil : 0,90 / Épinard : 0,80 / Datte : 0,80 / Banane : 0,75 / Pain blanc : 0,60 / Cresson : 0,50 / Laitue : 0,50 /  …

Extrait du livre Les vitamines, minéraux et oligoéléments de Jean-Luc Darrigol, collection ABC, édition Grancher, page 137.

Gaulthérie couchée ou odorante ? Quelles sont les points communs et les différences ?

Gaulthérie couchée ou odorante ? Quelles sont les points communs et les différences ?

Une des stars de l’aromathérapie est l’huile essentielle de gaulthérie. Deux espèces de gaulthérie sont principalement cultivées pour en extraire l’huile essentielle : la gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens L.) et la gaulthérie odorante ou (Gaultheria fragantissima Wall.). Quelles sont les points communs et les différences observées entre ces deux huiles essentielles ?

La gaulthérie était connue et utilisée depuis fort longtemps par les sorciers amérindiens pour des pathologies inflammatoires. Les Indiens en effet faisaient une consommation énorme de gaulthérie, tant par voie interne, contre les maladies infectieuses, pour faire tomber la fièvre, que par voie externe, pour soulager leurs douleurs et cicatriser leurs blessures.

Au début du XIXe siècle, les Iroquois préparaient le « Swains panacea », en faisant macérer la gaulthérie. Cette préparation avait alors la réputation de guérir tous les maux … telle une authentique panacée, à l’image du ginseng asiatique ou de la sauge européenne.

Vers 1815, à Paris, le pharmacien Boyveau copia cette préparation et formula un produit appelé Rob de Laffecteur, et on retrouve d’ailleurs encore aujourd’hui la gaulthérie dans de nombreux baumes et pommades allopathiques (maintenant remplacé part le principe actif isolé).

La gaulthérie couchée ou Wintergreen, Gaultheria procumbens L., de la famille des Ericaceae, est originaire des montagnes Rocheuses de l’Ouest américain et pousse jusqu’à 1500 mètres d’altitude sur les pentes et les terrains issus de la décomposition des anciennes moraines glacières. Petite plante vivace de sous-bois d’une dizaine de centimètres de hauteur, elle rampe sur le sol, arrive à fleurir sans lumière, car elle possède peu de chlorophylle. Ses feuilles persistantes, toujours vertes et teintées de pourpre sur le dessus, lui valent le nom anglais de Wintergreen. Ses fleurs sont solitaires, de blanches à rose pâle, en forme de clochettes portées par des tiges érigées. Les fruits sont de fausses baies, d’un rouge écarlate durant tout l’hiver. Elle aime un biotope fait des sols humides, les bois et les marais acides et sableux, les forêts de sapins du Canada, par exemple.

L’huile essentielle est obtenue par distillation par entraînement à la vapeur d’eau des parties aériennes, et est quasi exclusivement composée de salicylate de méthyle (plus de 99 %). C’est une huile essentielle très fluide, incolore ou jaunâtre, avec une odeur caractéristique du salicylate de méthyle.

L’huile essentielle de gaulthérie couchée possède des propriétés antispasmodique, anti-inflammatoire, hépatostimulante et vasodilatatrice et elle est indiquée en cas de rhumatismes musculaires, tendinite, crampe, arthrite, d’épicondylite, polyarthrite rhumatoïde, de petite insuffisance hépatique, mais aussi d’hypertension, de céphalées ou de coronarite.

La gaulthérie odorante, Gaultheria fragantissima Wall., est originaire du Népal. L’huile essentielle est extraite elle aussi des parties aériennes et elle est principalement composée de salicylate de méthyle (99 %), tout comme celle du continent américain. Néanmoins, une plus grande diversité biochimique est retrouvée dans cette huile essentielle, lui conférant une fragrance plus fine, ainsi qu’une couleur plus rougeâtre. Des phénols (phénol, eugénol), phénols méthyl-éthers (béta-asarone) ou encore des aldéhydes (hexanal, trans-2-décénal, etc) font parti de sa composition.

Les propriétés de la gaulthérie odorante sont les mêmes que la gaulthérie couchée : antispasmodique, anti-inflammatoire, hépatostimulante et vasodilatatrice. Les indications seront elles-aussi similaires. Néanmoins, la gaulthérie odorante se retrouve indiquée dans certaines dermatoses, l’eczéma ou le pityriasis, mais la grande différence entre ces deux huiles essentielles se fera exclusivement par le maître parfumeur, pour les caractéristiques olfactives des huiles.

Autres points communs : les huiles essentielles de gaulthéries ne s’utiliseront que par voie cutanée, généralement diluées dans de l’huile végétale. La voie orale est réservée aux médecins aromathérapeutes, et la diffusion est contre-indiquée. Indiquées à partir de 12 ans, elles sont contre-indiquées aux femmes enceintes et allaitantes, et aux personnes allergiques (en particulier à l’aspirine). Certains auteurs déconseillent aussi les applications sur des zones étendues d’huile essentielle de gaulthérie, notamment en cas de prise concomitante d’anticoagulants.

Il est à noter que la qualité de ces huiles essentielles est à surveiller, tant la fraude est fréquente et facile, par ajout de salicylate de méthyle de synthèse. Utilisée en Amérique du Nord dans la formulation de produits d’hygiène buccale, de produits cosmétiques, de préparations médicamenteuses pour l’usage externe ainsi que pour l’aromatisation de produits alimentaires, l’essence de Wintergreen est souvent remplacée par le salicylate de méthyle synthétique. Naturel ou synthétique, ce produit est régulièrement à l’origine d’intoxications dont la symptomatologie est celle de l’intoxication salicylée : 1 ml de salicylate de méthyle est équivalent à 1,4 g d’acide acétylsalicylique et les quantités ingérées sont parfois supérieure à 10 ml. Cet ester est également le constituant majoritaire de préparations d’origine asiatique destinées à induire une analgésie locale (Red oil chinese).

Médicaments, vague de chaleur et déshydratation.

Médicaments, vague de chaleur et déshydratation.

Les vagues de chaleur et les climats très chauds nécessitent une adaptation de l’organisme. Lorsque les capacités de régulation de la température sont dépassées, la déshydratation et le coup de chaleur peuvent survenir, mettant en danger la vie de la personne. La prise de médicaments en cas de forte chaleur n’est pas sans risque : certains médicaments peuvent augmenter les effets de la chaleur et leur usage peut nécessiter une modification de la posologie par le médecin traitant.

Quels sont les risques en cas de canicule ?

Lors d’une vague de chaleur ou sous un climat tropical extrême, une température ambiante élevée peut favoriser l’apparition de deux complications : la déshydratation et le coup de chaleur.

La déshydratation se manifeste lorsque les pertes en eau du corps sont plus importantes que les apports par les boissons et les aliments. Elle apparaît en quelques jours et se traduit par une sensation de bouche sèche, une diminution du volume des urines qui prennent une couleur foncée, une fatigue et des maux de tête. Si elle n’est pas soignée, elle se traduit par de la fièvre et, parfois, des troubles du comportement ou une perte de conscience. Dans les cas sévères, la déshydratation peut entraîner le décès.

Le coup de chaleur apparaît en moins de six heures. Il se traduit par une sensation de chaleur intense, une rougeur de la peau, des troubles du comportement pouvant aller de l’hébétude à l’agressivité, une démarche titubante, de la fatigue et une soif intenses, des crampes musculaires, des nausées ou des vomissements. S’il n’est pas pris en charge, il peut provoquer un coma mortel en moins de 24 heures.

Le risque de connaître une de ces complications varie selon plusieurs paramètres. Il est augmenté chez les nourrissons et les enfants, les personnes âgées et les personnes qui souffrent de certaines maladies chroniques (troubles cardiaques, insuffisance rénale, maladie entraînant un confinement au lit, etc.).

Les médicaments peuvent-ils déclencher un coup de chaleur ?

La prise de médicament, lorsqu’elle respecte les consignes données par le médecin, n’est pas un facteur déclenchant de la déshydratation et du coup de chaleur, même lors d’une canicule. Néanmoins, certains médicaments peuvent contribuer à l’aggravation de ces complications lorsqu’elles surviennent. En effet, certaines substances peuvent interagir avec les mécanismes de régulation de la température par le corps.


Lors d’une canicule, d’un séjour en zone tropicale (ou même d’une activité sportive sous un climat chaud), le médecin peut envisager d’adapter le traitement de son patient pour éviter ces effets aggravants. Cette adaptation se fait au cas par cas et aucune règle systématique ne peut être proposée.

En cas de canicule, plusieurs familles de médicaments peuvent représenter un risque et doivent être prises en considération par le médecin.

Les médicaments diurétiques (en particulier ceux qui contiennent du furosémide) peuvent aggraver la déshydratation, tout comme les médicaments qui peuvent perturber le fonctionnement des reins : les anti-inflammatoires non-stéroïdiens comme l’ibuprofène, l’aspirine à dose antalgique (plus de 500 mg par jour), les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine et les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II, les antibiotiques de la famille des sulfamides et certains antiviraux.

Certains médicaments peuvent empêcher l’élimination de la chaleur par le corps. Lors de chaleur extrême, le corps s’adapte en éliminant une quantité plus élevée de calories. Pour cela, il a recours à plusieurs mécanismes dont les principaux sont la transpiration et la dilatation des vaisseaux sanguins de la peau. C’est pour cela que lorsqu’on a chaud, on sue et on est rouge. La transpiration, lorsqu’elle s’évapore, consomme de la chaleur et refroidit la surface du corps. La dilatation des vaisseaux sanguins de la peau permet d’augmenter les échanges de température entre le sang, la peau et l’atmosphère. Ces réactions sont contrôlées par des régions du cerveau chargées de réguler la température du corps (l’hypothalamus).

Les médicaments concernés sont certains antidépresseurs, anti-histaminiques, anti-parkinsonniens, antispasmodiques destinés à soulager l’incontinence urinaire, les neuroleptiques, le pizotifène et le disopyramide. Les médicaments utilisés contre le rhume (contenant des vasoconstricteurs), l’hypotension orthostatique et la migraine, les hormones thyroïdiennes, les neuroleptiques et les anti-hypertenseurs seront aussi à surveiller.

Que faire lorsqu’on prend des médicaments pendant une vague de chaleur ?

Si l’on prend des médicaments susceptibles de réduire les capacités du corps à s’adapter à la chaleur, il peut être utile de faire le point avec son médecin sur ses traitements et ses éventuels facteurs de risque. Dans tous les cas, n’arrêtez pas votre traitement et ne réduisez pas les posologies sans en parler avec le médecin qui vous a prescrit ces médicaments. Il pourra éventuellement prescrire des examens complémentaires (état d’hydratation, fonctionnement des reins, etc.) pour mieux cerner le risque et prévenir les complications. Il est également recommandé de ne prendre aucun médicament en automédication en période de canicule, plus particulièrement chez les personnes âgées.

La chaleur peut-elle interférer avec un traitement ?

Dans certains cas, la chaleur extrême et la déshydratation peuvent modifier la façon dont un médicament est éliminé par le corps. Dans ce cas, des effets indésirables peuvent apparaître qui contribuent également à aggraver un coup de chaleur. Les médicaments concernés par ce problème sont les sels de lithium prescrits contre les troubles bipolaires, les médicaments des troubles du rythme cardiaque, les médicaments de l’épilepsie, certains médicaments du diabète de type 2 et ceux destinés à lutter contre l’excès de cholestérol (médicaments de la famille des statines et des fibrates).

Comment conserver ces médicaments ?

Les médicaments à conserver à température ambiante : ces médicaments ne craignent pas la chaleur de nos climats, même en cas de canicule. Ils peuvent résister à des températures de 40°C pendant six mois. Ils ne demandent pas de précaution particulière sauf dans des conditions extrêmes (par exemple, dans une voiture au soleil où la température peut dépasser 40°C).

Les médicaments à conserver à une température inférieure à 25 ou à 30°C : ces médicaments se conservent à des températures modérées. Toutefois, un excès de chaleur pendant quelques jours, voire quelques semaines, ne nuit pas à leur efficacité. Il suffit donc de les stocker dans son armoire à pharmacie. Lors de voyage pendant une vague de chaleur, il est préférable de les transporter dans un emballage isotherme non réfrigéré.

Les médicaments à conserver entre 2 et 8°C : ces médicaments doivent être conservés au réfrigérateur. En cas de vague de chaleur, il convient donc de vérifier avec un thermomètre que son réfrigérateur reste capable de fonctionner correctement. Une fois sortis du réfrigérateur, il faut les utiliser rapidement. Leur transport exige un emballage isotherme réfrigéré (par exemple une poche de glace) mais en veillant à ce que le médicament ne congèle pas au contact de la source de froid.

Les formes pharmaceutiques sensibles à la chaleur : les médicaments qui se présentent sous forme de suppositoire ou d’ovule sont susceptibles de fondre en cas de forte chaleur et les crèmes et pommades peuvent également changer d’aspect. Il est donc important de les conserver si possible au frais. Si vous constatez une modification importante de la couleur ou de la texture (séparation entre la phase grasse et la phase aqueuse) après exposition à la chaleur, il est préférable de ne pas utiliser vos produits car ces changements d’aspect peuvent indiquer un changement des propriétés et une baisse d’efficacité.

Pour en savoir plus sur https://eurekasante.vidal.fr/medicaments/prendre-traitement/medicaments-vague-chaleur.html?cid=eml_000081#IjteuJL4537kx8Rd.99

Fleming, aveugle visionnaire ? (Le Magasin du Bon Dieu, Pierre Potier, 2001)

Fleming, aveugle visionnaire ?

Alexander Fleming, bactériologiste au St. Mary’s Hospital, à Londres, quitte son laboratoire pour quelques semaines de vacances en famille. A son retour, il observe l’aspect d’une boîte de culture, qu’il avait, par négligence, laissée sur une paillasse. Une colonie cotonneuse de moisissure Penicillium d’un blanc verdâtre s’était développée. Autour de celle-ci, toute présence bactérienne (il s’agissait de culture de staphylocoques) avait été éradiquée. Des circonstances favorables avaient permis la croissance du champignon. Un jeune mycologue travaillait précisément à proximité de la paillasse de Fleming sur des souches de Penicillium. Par chance, la colonisation avait été le fait d’un champignon, gros producteur de pénicilline. De plus, Fleming avait commis l’erreur (salutaire) de laisser ses boîtes à l’extérieur et non à l’étuve à 37°C ; or les staphylocoques sont moins à l’aise que les champignons pour pousser à 25°C. Coïncidence heureuse ? En 1928 l’été londonien fut exceptionnellement frais … Le hasard aida la chance. Fleming ne passa pas à côté de cette bizarre boîte de Petri. Il faut au moins lui reconnaître ce mérite.

Sa première hypothèse fut la bonne : si une mort bactérienne s’était manifesté autour de la moisissure, c’est qu’une substance sécrétée détruisait la bactérie. Il l’appela d’emblée « pénicilline ». Fleming publia ses observations mais apparemment sans en mesurer vraiment la portée. D’autres chercheurs s’intéressèrent aux travaux de Fleming, parmi lesquels Harold Raistrick, un grand spécialiste des champignons qui voulait identifier les souches productrices de Penicillium. A l’époque, le scepticisme l’emportait au point qu’il résuma la situation à l’occasion du XVe Congrès international de physiologie en 1935 : « La production de pénicilline à des fins thérapeutiques est vraisemblablement impossible. » Compte tenu des incertitudes relatives à la pénicilline, les sulfamides tenaient toujours le haut du pavé dans les traitements antibactériens.

Il fallut quelques années pour que la pénicilline revienne au cœur de la recherche, grâce à Boris Ernest Chain et Howard Florey qui effectuaient leur travaux sur les substances naturelles présentant des propriétés antibactériennes. Parmi elles figuraient la pyocyanase et la pénicilline. Chain et Florey avaient compris que ce que Fleming avait observé était important. Les moyens mis en oeuvre devaient être à la mesure de l’enjeu pressenti. Associés à d’autres dont Edward P. Abraham et Norman Heatley ils allaient purifier la pénicilline et définir son utilisation. En mars 1940, Chain avait produit suffisamment de pénicilline pour en injecter à des souris saines, comme à des souris infectées par des streptocoques. Le résultat ne se fit pas attendre : la pénicilline permettait de traiter l’infection expérimentale mortelle ; son activité était spectaculaire et dépendait de sa durée d’administration et de la posologie administrée. L’article, rédigé de toute hâte, passa à peu près inaperçu, et les quelques contacts que Florey tenta de nouer avec l’industrie pharmaceutique furent infructueux. Mais quelques années plus tard, dans la période troublée de la Seconde Guerre mondiale, la pénicilline devint un précieux atout pour la victoire des Alliés. Désormais, les antibiotiques allaient devenir un thème majeur de recherche pour l’industrie pharmaceutique. Aminoglycosides, tétracyclines, polypeptides, quinolones, etc. autant de familles thérapeutiques qui, en vingt-ans, allaient transformer la prise en charge et le contrôle des maladies infectieuses. Contrairement aux sulfamides, dont l’avènement fur une réalité scientifiquement construite, la pénicilline fut entrevue par des générations médicales précédentes, mais son avènement semble bien avoir été le fruit d’un heureux hasard.

Extrait du livre Le Magasin du Bon Dieu de Pierre Potier, Edition JC Lattès, 2001 (p 198 – 200).

Les géraniums rosats ou la difficile identification botanique.

Les géraniums rosats ou la difficile identification botanique.

Le genre Pelargonium comprend plus de 200 espèces différentes, mais seulement une poignée est exploitée pour la production d’huile essentielle. Depuis les tous débuts du commerce et de la culture du géranium rosat (19e siècle), le nom de Géranium rosat a fait l’objet de controverses qui ont été sources de nombreuses confusions. Pendant un siècle et demi, toute une série de dénominations botaniques ont été proposées, et on regroupe aujourd’hui sous les noms de Géraniums rosats ou Géraniums odorants (Pelargonium x asperum), plusieurs types de cultivars : Pelargonium graveolens, Pelargonium odorantissimum, Pelargonium capitatis ou encore Pelargonium roseum.

Les géraniums rosats sont des plantes vivaces pouvant atteindre 1 m de hauteur, ligneuse et poussant en touffe. Ses feuilles sont arrondies et divisées en lobes. Sa culture se fait par bouturage dans les régions chaudes de Chine, d’Égypte, de la Réunion et de Madagascar. L’huile essentielle est obtenue par distillation à la vapeur d’eau des feuilles fraîches. Les huiles essentielles de géraniums rosats s’utilisent à partir de 12 ans par voie orale, cutanée et en diffusion atmosphérique seule ou associées à d’autres huiles essentielles.

L’huile essentielle de Géranium odorant, Pelargonium graveolens, originaire de Chine ou d’Egypte, est principalement composées de citronellol (44 %), formiate de citronellyle (17 %) et d’isomenthone (5 %). Elle possède des propriétés antibactériennes, antimycosiques, répulsive insecte légère, tonique générale et antalgique et elle est indiquée en cas de dermatoses infectieuses, d’acné surinfecté, d’impétigo, de colite infectieuse, d’asthénie, fatigue nerveuse et de rhumatismes ostéo-articulaires.

L’huile essentielle de Géranium odorant de type Bourbon, Pelargonium graveolens, est lui originaire de l’île de la Réunion et de Madagascar. Issue d’une distillation traditionnelle, elle est la plus appréciée des parfumeurs. Les composants majoritaires sont les mêmes que dans l’huile essentielle originaire de Chine ou d’Egypte (citronnellol à 33 %, formiates de citronellyle 13 %, isomenthone 7 %) mais une plus grande diversité en molécules aromatiques se retrouvera uniquement dans l’huile essentielle de type Bourbon (sesquiterpènes, sesquiterpénols, aldéhydes et composés sulfurés et azotés). En plus des propriétés antibactériennes, antimycosiques et antalgiques, le géranium de type Bourbon possède également des propriétés antispasmodiques, relaxantes, lymphotoniques, hépatostimulantes et répulsives insectes (du fait de la présence de néral, géranial et citronellal).

Pour une utilisation pour les soins quotidiens de la peau, plutôt utiliser la variété d’Égypte ou de Chine, alors que pour une utilisation du géranium pour ses propriétés répulsives, hépato-stimulantes ou certaines pathologies métaboliques, il faudra favoriser plutôt le type Bourbon.

Quand le venin devient médicament.

Quand le venin devient médicament, rédigé par Eléonore Gawel (Interne des Hôpitaux) et Docteur Christine Damase-Michel de Toulouse.

Les venins d’animaux sont utilisés depuis l’Antiquité à des fins guerrières et récréatives, mais également pour leurs vertus médicinales. C’est ainsi qu’Hippocrate utilisait le venin d’abeille pour traiter l’arthrite, tandis que, dans la médecine traditionnelle chinoise, les sangsues étaient déjà réputées pour leur activité anticoagulante via l’hirudine contenue dans leur salive?

Les venins sont composés de toxines et d’enzymes, toxiques à forte dose, mais capables de soigner à des doses réduites. On décrit classiquement 5 grands groupes : des toxines cardioactives, des hémotoxines, des myotoxines, des neurotoxines et des toxines vasoactives.

L’exemple le plus marquant des médicaments à base de venin est celui du captopril. C’est dans les années soixante que le chercheur brésilien Sergio Ferreira s’intéresse au venin d’une vipère, le Bothrops jararaca, qui contient une toxine vasoactive capable de provoquer une chute de la pression sanguine artérielle chez sa proie. Sergio Ferreira décrit alors un mélange de peptides capables d’agir sur l’enzyme de conversion de l’angiotensine. Après de nombreuses études de relation structure-activité et de modifications chimiques (notamment dans le but d’obtenir une molécule administrable par voie orale), le captopril est commercialisé à partir de 1981 sous le nom de spécialité Lopril. Cet antihypertenseur sera le « chef de file » d’une longue série de médicaments caractérisés par leur suffixe « -pril ».

Par la suite, d’autres médicaments issus de venins obtiendront une AMM dans des indications bien spécifiques. Le ziconotide-Prialt, dérivé d’une neurotoxine extraite de cône marin, est utilisé comme antalgique par voie intrarachidienne dans la prise en charge de la douleur chronique rebelle aux morphiniques. Le tirofiban Agrastat et l’epfibatide Integrilin, tous deux synthétisés à partir du venin de serpents, sont des antiagrégants plaquettaires de la classe des antagonistes du récepteur Gp IIb/IIIa. L’exenatide Byetta quant à lui, administré par voie sous cutanée dans la prise en charge du diabète de type II, est un analogue de GLP1 humain, synthétisé à partir des sécrétions salivaires d’un lézard mexicain, le monstre de Gila.

Les venins sont également utilisés en recherche fondamentale, en diagnostic médical et, plus récemment, en cosmétologie ! « Tout est poison, rien n’est poison … »

Article tiré de BIP Occitanie, juin 2018.

L’aconit napel : une plante toxique qui soigne.

L’aconit napel (Aconitum napellus L., famille des Ranunculacées) : une plante toxique qui soigne.

La confusion entre les plantes peut être dangereuse voire même devenir mortelle. Malheureusement, un cas d’intoxication mortelle avec de l’aconit début juin 2018, doit nous rappeler combien il faut rester vigilant et prudent lorsque nous cueillons des plantes condimentaires ou médicinales sans validation d’un expert. Aussi, voici l’article dédié à cette plante dans le livre Des plantes toxiques qui soignent écrit par Jacques Fleurentin et édité en novembre 2011 aux éditions Ouest-France.

Tradition.

Dioscoride (Ier siècle) signale qu’avec l’aconit napel, on empoisonne les loups, mais en fait l’aconit tue-loup (A. vulparia) est une espèce différente et également toxique.

En médecine arabe, l’aconit est considérée comme le plus redoutable des poisons, utilisé aussi pour la confection de flèches empoisonnées pour la chasse ou la guerre. Avicenne (Xe siècle) le recommande en friction contre la lèpre.

Les médecines chinoise, indienne et japonaise ont recours à différentes espèces d’aconits locales qui doivent être préalablement détoxifiées avant administration contre les névralgies, les douleurs et les rhumatismes. En Chine, les racines sont préparées par une décoction de quatre à six heures ou par un traitement à la vapeur pendant six à huit heures ; au Japon, elles sont autoclavées à 110 degrés pendant quarante minutes ; et en Inde, macérées au soleil dans de l’urine de vache pendant trois jours. Cette préparation hydrolyse les alcaloïdes majeurs en dérivés moins toxiques. Des empoisonnements sont signalés en Chine dans le Sichuan.

Storck (XVIIIe siècle) rapporte une expérience qu’il réalisa sur lui-même et au cours de laquelle il observa la diminution des douleurs dues aux névralgies et aux rhumatismes. Leclerc (XXe siècle) reconnaît une action sur les inflammations des voies respiratoires, de la gorge, des cordes vocales et dans le zona ophtalmique. En 1814, des Vosgiens préparèrent une soupe de légumes en y ajoutant des feuilles d’aconit pour se venger des cosaques qui avaient tué trois enfants dans le village : tous les cosaques périrent.

Toxicité.

La toxicité est connue et redoutée depuis l’Antiquité chez les Grecs et les Romains.

Confondues avec des racines alimentaires, une dizaine de grammes de racines d’aconit sont mortels, tout comme 3 mg d’aconitine (2 à 4 g de racines), un des poisons végétaux les plus redoutables.

La consommation de racine, à la saveur douce puis âcre, procure des picotements dans la bouche puis un engourdissement de la langue, de la gorge et de la face ; surviennent ensuite des angoisses, un effet anesthésique avec sensation de sang glacé, une baisse de la température, un trouble du rythme cardiaque, une baisse de la respiration et la mort. Pendant toute cette phase d’agonie, la conscience reste intacte.

Botanique.

L’aconit napel est une plante herbacée vivace habituée des zones marécageuses et montagneuses d’Europe et d’Asie septentrionale. Sa tige de 1 m de haut porte des feuilles à sept ou huit lobes découpés en fines lanières avec à son sommet un épi floral formé d’élégantes fleurs violettes ou bleues formant un casque à la partie supérieure. Les fruits sont constitués de trois follicules contenant des graines noires. Les parties souterraines comprennent un rhizome aux épaisses racines noirâtres.

L’aconit féroce (Aconitum ferox), originaire du sous-continent indien, habitué de l’Himalaya, est le plus toxique des aconits.

Partie utilisée.

La racine tubérisée renflée en forme de navet (napellus) récoltée au moment de la floraison ainsi que les feuilles.

Chimie.

La racine renferme des alcaloïdes, principalement l’aconitine ou acétyl benzoyle aconine, mais aussi de la néopelline, de l’hypoaconitine et de la jesaconitine.

Pharmacologie.

L’aconitine excite puis paralyse les terminaisons nerveuses périphériques et les centres nerveux du bulbe. Elle ralentit la respiration et perturbe la conduction au niveau cardiaque.

Indications thérapeutiques et réglementation.

La feuille (1949) était inscrite à la pharmacopée française. La racine et la teinture sont inscrites à la pharmacopée française (10e édition) et disposent d’une monographie de contrôle.

La teinture de racine et la poudre de feuilles étaient principalement prescrites dans les névralgies faciales impliquant le nerf trijumeau, mais aussi dans la toux, les affections respiratoires et les affections buccales.

Elle n’est plus employées en raison de la faible marge de sécurité thérapeutique et les risques d’effets toxiques secondaires.

La thériaque : deux millénaires de panacée.

Appellation dérivée du grec therakios, qui signifie « relatif aux bêtes sauvages », la Thériaque est l’une des plus anciennes préparations pharmaceutiques. Si, initialement, elle était utilisée en tant qu’antidote, elle acquiert au fil des siècles le statut de remède capable de soigner n’importe quels maux. Une véritable panacée.

Une recette qui date de l’Antiquité.

Il faut remonter au IIème siècle av. J.-C. et au poème Theriaca du médecin grec Nicandros de Colophon, consacré aux remèdes contre les poisons et morsures d’animaux, pour trouver la première écrite de la Thériaque. Mais c’est à Mithridate VI Eupator (108-63 av. J.-C.), célèbre roi du Pont, qu’est attribuée l’invention du fameux remède. Souverain obsédé par les conspirations à son égard, il s’est intéressé à la toxicologie afin de créer un antidote universel qui le garderait de tous les poisons. Il élabore la première recette de Thériaque, en regroupant 54 antidotes et poisons d’origine animale, minérale et végétale, qu’il avait préalablement testée sur ses prisonniers. La recette a par la suite été améliorée par Andromaque, qui a augmenté la quantité d’opium et ajouté plusieurs substances, dont de la chair de vipère. Cette nouvelle formulation, Theriaca Andromachi Senioris, regroupait 64 composants et était, elle aussi, censée protéger contre poisons et venins de toute nature. Claude Galien (environ 131-201), père de la pharmacie, modifiera la recette d’Andromaque et développera de nouvelles versions, dont celle destinée à l’empereur Marc Aurèle. Ses nombreux écrits, repris par les scientifiques arabes et byzantins, ont contribué au développement de la Thériaque dans la pharmacothérapie arabe, et les premiers traités sur ce remède, apparaissent dès le IXème siècle.

Charlatanisme et préparation publique.

Au fil des siècles, l’utilisation de la Thériaque contre les poisons et venins s’élargit aux maladies, ce qui explique en partie l’accroissement de son nombre d’ingrédients. Ainsi, entre les XIIIème et XIXème siècles, la grande majorité des pharmacopées et manuels mentionnaient une des recettes de Thériaque en tant que préparation officinale, y compris celle de Mithridate. Les plus célèbres venaient de Venise et de Nuremberg et, dès le XVIIème siècle, la plupart des pharmacies se lancent dans la production magistrale de la Thériaque, apposant leur nom en gage de qualité de ce produit très populaire en dépit de son prix. Renommée oblige, le marché de la Thériaque se retrouve rapidement confronté au charlatanisme avec l’apparition de produits contrefaits. Pour y faire face, la compagnie des apothicaires met en place, dès 1606, des préparations publiques de Thériaque. Elles sont réalisées par un maître apothicaire en présence de professeurs de médecine et de membres de la justice, ce qui rend cette cérémonie hautement solennelle.

Un déclin progressif.

A la fin du XVIIème, l’essor de la chimie et de la médecine moderne marque l’essoufflement de la Thériaque et sa remise en cause. Plus globalement, c’est l’ensemble de la polypharmacie,  croyance selon laquelle un médicament composé de plusieurs substances peut guérir diverses maladies et dont la Thériaque fur le porte-étendard, qui perd en considération. La pharmacopée française de 1884 est le dernier texte officiel à en faire mention, et les experts estiment que cette présence tient plus du devoir de mémoire que d’une réelle utilité aux pharmaciens de l’époque. En effet, si son étonnante recette fait plutôt sourire de nos jours, la Thériaque était loin d’être une préparation fantasque. Associée à un véritable savoir-faire, aussi bien dans la pesée et la sélection de ses ingrédients que dans son élaboration, plusieurs des plantes qui entraient dans sa composition sont encore représentées en officine. Un véritable remède universel donc, fabriqué par les meilleurs médecins et pharmaciens de l’Histoire et qui a réussi ce que peu de médicaments ont fait : perdurer près de deux milles ans.

Article tiré de Pharma n°152 de Mai 2018 et écrit par Julien Dabjat (La thériaque : deux millénaires de panacée.)