L’ayurveda

La médecine ayurvédique

Selon une ancienne légende indienne, un maître gourou appelé Atreya avait un étudiant, Jivaka. Après avoir étudié avec Atreya depuis de longues années, Jivaka demanda à son maître s’il pouvait partir aider ses semblables. Atreya lui dit : « Permet-moi de te soumettre à un dernier test. Part et cherche dans un rayon de 8 miles de notre ashram et collecte toutes les plantes qui ne possèdent aucune propriété médicinale. » L’étudiant s’en alla et examina toutes les plantes qu’il trouva. Il goûtait les fruits de toutes les plantes, et examinait les feuilles et les fleurs. Finalement il revint à l’ashram et dit : « Je n’ai pu trouver une seule plante qui ne possédait aucun intérêt pour la médecine. » Atreya, réjoui, embrassa Jivaka et lui dit : « Tu es enfin prêt pour aider ton peuple. » Cette leçon de 3000 à 4000 ans est encore valable de nos jours.

En sanskrit, le système classique de la médecine indienne est appelé âvurveda, « la connaissance (veda) pour la longévité (âvus) ». L’âvurveda est un vaste ensemble de doctrines et de pratiques médicales, aux aspects préventifs et curatifs. Il consiste en un grand nombre de conseils pratiques sur presque tous les aspects imaginables de la vie, du nettoyage des dents à la diète, en passant par l’exercice et le régime. La théorie de l’âyurveda repose sur une doctrine de trois humeurs (vent, bile, phlegme) et de sept constituants corporels (chyle, sang, chair, graisse, os, moelle et semence). Ses remèdes sont essentiellement à base de plantes et il enseigne une vaste gamme de thérapies, avec lavements, massages, onguents, lavages internes, sudation et chirurgie.

La médecine ayurvédique est probablement issue des médecines védiques qui se sont développées en Inde dans l’Antiquité. La période d’or de l’Âyurveda se situe entre 800 av. J.-C. et 1000 apr. J.-C. A cette époque, l’Inde était en contact avec la Grèce, l’Egypte, la Mésopotamie. Il est évident que certaines pratiques médicales de la Grèce et de l’Inde, en particulier la façon d’utiliser les plantes, se sont mutuellement influencées, et ceci plus particulièrement après la conquête de l’Inde de l’Ouest par Alexandre le Grand en 326 av. J.-C.

Les textes de l’âyurveda sont rédigés en sanskrit classique, bien que beaucoup soient aujourd’hui disponibles en langues indiennes modernes (surtout en hindi), voire, pour certains, en langues européennes. Quantité de textes sanskrits sont consacrés à l’exposition de l’âyurveda. Les tout premiers de ces textes, sont les Caraka Samhitâ et Susruta Samhitâ. le terme sanskrit samhitâ signifie « compendium » (abrégé, condensé), tandis que Carakâ et Susrutâ sont deux noms propres, d’où les traductions respectives de « compendium de Caraka » et de ‘compendium de Susruta ». Un troisième texte ancien, le Bhela Samhitâ, n’est parvenu jusqu’à nous que par un unique manuscrit endommagé. Le Caraka Samhitâ et le Susruta Samhitâ sont deux textes très longs : traduits en anglais, ils dépassent respectivement les mille et mille sept-cents pages. Ces deux textes sont la pierre angulaire de l’âyurveda. Bien que de nombreux autres textes abordent le sujet, ils constituent le fondement du système et sont constamment cités ou paraphrasés dans les autres ouvrages.

Les préparations médicinales décrites dans les Caraka Samhitâ et Susruta Samhitâ contiennent un vaste assortiment de substances animales, végétales et minérales. Une analyse des prescriptions du Caraka Samhitâ évalue à 177 les substances d’origine animale (dont les excréments de serpent, les fumées de serpent brûlé, le lait, la chair, la graisse, le sang, les matières fécales ou l’urine de différents animaux – tels le cheval, la chèvre, l’éléphant, le chameau, la vache et le mouton -, les oeufs de moineau, de paon et de crocodile, la cire et le miel d’abeilles, une soupe de diverses viandes, etc.), à 341 celles d’origine végétale (dont des graines, des fleurs, des fruits, des écorces, des feuilles, etc.) et à 64 celles d’origine minérale (dont la cendre, diverses gemmes, l’argent, le cuivre, le sel, l’argile, l’étain, le plomb, l’or, le verre, l’orpiment, le souffre, etc.)

Le diagnostic et les aspects pratiques de l’âyurveda demandent idéalement une connaissance approfondie des textes sanskrits de référence. Le bon médecin (vaidya) est censé mémoriser une somme immense de matériau, essentiellement sous forme de versets médicaux indiquant la correspondance entre les trois humeurs – le vent, la bile, le phlegme (vâyu, pitta, slesman) – et les différents symptômes, maladies, herbes et traitements. A chaque examen d’un patient et de ses symptômes, le vaidya devrait voir surgir dans son esprit les versets textuels se rapportant à l’état auquel il était confronté. ces versets devraient ensuite en appeler d’autres, évoqués les mêmes combinaisons clés de références humorales, formulant le pronostic et le traitement.

Dans l’Âuyrveda contemporain, une grande place continue à être dévolue à la médecine préventive, notamment à l’alimentation et à l’hygiène. Le diagnostic repose sur un interrogatoire et sur un examen attentif du patient en huit points : prise de pouls, examen d’urine et de la langue, examen des sécrétions, etc. Le traitement s’individualise en fonction de chaque patient. La pharmacopée indienne contemporaine, publiée en 2001, présente 258 monographies de plantes médicinales. Actuellement, en Inde, la médecine ayurvédique cohabite avec la médecine occidentale et les médecines « Unani » et « Siddha », deux autres systèmes médicaux traditionnels. Elle est enseignée dans une centaine de faculté ou collèges et pratiquée dans 12 000 hôpitaux et dispensaires. Elle a également été exportée en Occident, notamment au Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale.

L’ethnopharmacologie : du terrain au laboratoire.

L’ethnopharmacologie : du terrain au laboratoire.

Les premières tentatives pour définir l’ethnopharmacologie, en tant que discipline autonome, datent du début des années 1980. L’ethnopharmacologie, lit-on, consiste en « l’exploration interdisciplinaire des agents biologiquement actifs traditionnellement employés ou observés par l’homme ».

Mais les termes « agents » et « traditionnel » suscitent bien des ambiguïtés. Tout d’abord face à la grande hétérogénéité de l' »agent biologiquement actif » que l’ethnopharmacologue rencontre. Cela peut être un mélange de plantes, une plante entière, ou l’une de ses parties, une préparation spéciale, un principe actif, une molécule. Mais, s’il s’agit de considérer tout ce qui peut agir sur le niveau biologique, la manipulation des corps ou encore les prières ou incantations sont-ils aussi des « agents » ? De nombreux exemples nous indiquent qu’il est souvent très difficile de séparer le médical du religieux (d’où l’usage du terme controversé de pratiques médico-religieuses).

Le terme « traditionnel » ensuite : qu’apporte-t-il dans cette définition ? Que l’emploi ou l’observation doivent être anciens ? Ou qu’ils se réfèrent aux cultures autrefois dites « traditionnelles », parce qu’on ne savait y voir que stagnation et transmission à l’identique, en dehors de ce qui caractériserait les cultures « non traditionnelles » – la nôtre et elle seule – c’est à dire invention, recherche, transformation des savoirs ? De surcroît, cette définition met ainsi l’accent sur les « agents » et non sur l’étude des usages dont font l’objet ces « agents », là où il est clair que c’est l’usage qui guide. En effet si ethnopharmacologie il y a, au delà de la pharmacologie tout court, c’est bien parce que la recherche se fait, non pas sur l’ensemble des matières disponibles dans le monde naturel, mais sur celles qui font l’objet d’usages vernaculaires, et en considérant ces derniers comme des éléments essentiels pour la recherche des « activités », ou, plus largement, des propriétés de ces matières.

Par conséquent, l’objet que se donne l’ethnopharmacologie, serait sans doute mieux décrit comme l’étude scientifique interdisciplinaire de l’ensemble des matières d’origine végétale, animale ou minérale, et des savoirs ou des pratiques s’y rattachant, que les cultures vernaculaires mettent en oeuvre pour modifier les états des organismes vivants, à des fins thérapeutiques, curatives, préventives ou diagnostiques.

L’ethnopharmacologie est une discipline qui fait appel à de très nombreux acteurs de compétences variées. L’ethnologie, l’ethnomédecine et les ethnosciences, l’histoire, la pharmacologie, la toxicologie sont différents aspects de cette approche plutidisciplinaire. Mais c’est bien l’industrie pharmaceutique, à la recherche d’innovations, qui a permis l’essor de cette discipline. en effet, la découverte au hasard des espèces végétales d’intérêt n’était pas rentable, l’ethnopharmacologie représentait une alternative plus rentable pour les industriels. Les usages vernaculaires des plantes par les populations servaient de premier tri pour la sélection de substances hautement actives. Ceci étant, le screening chimique apparu dans les années 1990, remplaçait alors les recherches ethnopharmacologiques de terrain.

Méthodologie : un programme de recherche multidisciplinaire.

La première partie de la recherche en ethnopharmacologie consiste à comprendre les systèmes de santé traditionnels : c’est le travail de l’ethnologue, voire de l’ethnomédecin. Il s’attachera à comprendre et à décrire le système de soin traditionnel, c’est-à-dire les conceptions de la physiologie, de la pathologie, la classification des maladies, l’utilisation des remèdes. Et ce n’est qu’après avoir décortiqué le système de santé traditionnel que pourra commencer le recensement des remèdes traditionnels.

Le recensement des remèdes traditionnels s’effectuera dans un premier temps en récoltant les échantillons des plantes utilisées par les tradipraticiens ou par les gens ; ces plantes seront ensuite identifiées par un botaniste. On recensera aussi le mode de récolte, les techniques de séchage, le mode de préparation, les solvants utilisés ainsi que la posologie. L’usage thérapeutique sera expliqué et interprété par les ethnologues ou les ethnomédecins en fonction de la connaissance du système thérapeutique traditionnel. A partir des informations de terrain, on est amené à rédiger les premiers éléments de la pharmacopée traditionnelle.

La deuxième étape va consister à rechercher les convergences d’utilisation. Autrement dit, essayer de savoir si les informations de terrain sont originales, ou au contraire, sont connues par plusieurs ethnies, voire dans plusieurs pays. Ces confrontations ont lieu essentiellement lorsqu’il s’agit de traditions orales. Par contre, lorsque l’on travaille dans des pays où il existe une tradition écrite, comme la médecine arabo-persane, la médecine grecque, la médecine indienne ou la médecine chinoise, ce sont alors les historiens et les linguistes qui seront mis à contribution afin de rechercher dans les textes anciens la mention de l’utilisation de ces plantes médicinales. Le travail sera complété ensuite par une étude bibliographique, car pour chaque espèce il est indispensable de bien rechercher au travers des banques de données si cette plante a déjà fait l’objet d’études par d’autres chercheurs.

C’est alors que se met en place un protocole d’évaluation pharmacologique. Ce protocole va consister à mettre en évidence une activité pharmacologique des plantes médicinales. Le pharmacologue sera en quelque sorte guidé par l’usage traditionnel. Il va de soi que la réussite de ce travail dépend de l’étroite collaboration entre les gens de terrain, les ethnologues et les pharmacologues.

Dans un premier temps, on se contentera de suivre rigoureusement les indications de la tradition, notamment lors de la préparation des extraits. On choisira ainsi le solvant et les méthodes d’extraction utilisés par les tradipraticiens. L’extrait obtenu sera ensuite sommairement caractérisé de manière chimique. Il n’est pas question dans ce travail-là d’aller recherche des molécules nouvelles, mais au contraire simplement d’identifier quelques marqueurs chimiques qui caractériseront l’extrait.

Vient alors le choix du protocole toxico pharmacologique et là, deux techniques sont proposées : une technique in vivo et une technique in vitro. Pour chacune des techniques utilisées, il est indispensable que celle-ci soit évaluée avec un extrait végétal. En effet la pharmacologie des extraits n’est pas la même que celle des molécules pures, car dans les extraits des centaines de molécules se trouvent confrontées à un organisme vivant, à une cellule ou à une fraction subcellulaire. De nombreux exemples nous prouvent que le totum d’un extrait végétal peut avoir une certaine activité pharmacologique différente de l’activité propre à chacun de ses constituants. Il est par conséquent indispensable de re-vérifier les paramètres classiques en pharmacologie : spécificité, sensibilité et reproductibilité de la méthode et bien entendu, chacune des techniques devra être étalonnée à l’aide d’un produit moléculaire de référence.

L’évaluation pharmacologique a pour objectif de déterminer l’intérêt thérapeutique de substances issues de médecines traditionnelles. Bien sût, la recherche peut s’arrêter là, mais elle peut aller plus loin, notamment en effectuant une identification chimique et une recherche de principes actifs. Par ailleurs, l’étape suivante devra évaluer l’activité thérapeutique de ces extraits en clinique.

Enfin, la dernière étape de la recherche ethnopharmacologique, c’est le retour de l’information vers le terrain. Cette quatrième étape est tout a fait indispensable et devrait être écrite dans chacun des protocoles de recherche en ethnopharmacologie. Car bien souvent le retour de l’information est omis parfois oublié. C’est pourtant une information généreuse et gratuite qui a été donnée par des tradipraticiens et la moindre des choses est de leur restituer les résultats de la recherche. Cette restitution peut s’effectuer de deux manières. La première consiste tout simplement à diffuser sous forme de publication nationale ou internationale les travaux effectués, car on assiste parfois à des rapports de terrain non publiés, ou à des thèses qui restent inaccessibles. La deuxième façon de restituer l’information est en quelque sorte une valorisation qui peut s’inscrire dans un programme de développement. En effet dans certains pays, il existe maintenant des techniques permettant la fabrication d’extraits végétaux bon marché, préparés à partir de plantes médicinales locales contrôlées pharmacologiquement et toxicologiquement, et dont on connaît à la fois les doses actives et les effets thérapeutiques. L’on peut ainsi proposer aux dispensaires des phytomédicaments meilleur marché et donc accessible à un plus grand nombre. L’Afrique est un bel exemple avec la valorisation des médicaments traditionnels améliorés.

On comprendra ainsi au travers de ce protocole méthodologique l’importance des relations entre les différentes disciplines, car nul n’est ethnopharmacologue, seul un programme interdisciplinaire permettra à la recherche de progresser de manière efficace.

L’ethnobotanique.

L’ethnobotanique.

Pratique ancestrale ou concept nouveau ?

On peut affirmer sans trop prendre de risque que l’ethnobotanique est de loin la discipline la plus ancienne et la plus étudiée parmi les ethnosciences. Elle décrit les interactions entre les populations locales et leur environnement naturel dans l’histoire et dans le monde.

Pratique naturaliste ancestrale, le terme « ethnobotanique » n’est apparu qu’en 1895 dans un article anonyme publié par le Philadelphia Evening Telegram du 5 décembre, relatant une conférence du professeur Harshberger. De tout temps, l’homme a utilisé les plantes médicinales. Pour le meilleur et pour le pire. De certaines, il a extrait des poisons pour chasser ou faire la guerre. Mais il a aussi très tôt observé leurs propriétés et compris les bienfaits qu’il pouvait en tirer. L’art de soigner avec les plantes traverse ainsi les siècles, les cultures et les continents.

De nombreux exemples tirés de l’histoire nous indiquent clairement que l’Homme a eu de tout temps des rapports privilégiés avec son environnement. L’archéologie nous apprend par exemple qu’il y a environ 50 000 ans, l’homme de Néandertal cueillait l’achillée, la guimauve, la centaurée ou le séneçon pour garnir les tombes de ses proches. La flore médicinale utilisée par les Babyloniens en Mésopotamie a pu être reconstituée à partir des tablettes sumériennes datant du 3ème millénaire avant J.-C. Les noms de plus de 250 plantes y sont inscrits en signes cunéiformes et nous savons comment ils préparaient sirops, pommades, onguents ou infusions ; nous savons qu’ils connaissaient les propriétés de la belladone (Atropa belladona L.) et nous possédons une classification de substances minérales utiles.

Dans la vallée du Nil et ses alentours, les documents traitant de la médecine égyptienne sont nombreux. Le plus connu d’entre eux (parce que traduit le premier) est sans nul doute le papyrus d’Ebers, datant du 2ème millénaire avant J.-C. ; la belladone, la jusquiame et l’opium par exemple faisaient parti de la matière médicale égyptienne.

La médecine de la Grèce antique, reconnue comme fondatrice de la médecine occidentale moderne, nous a légué quant à elle un grand nombre d’ouvrages. Si Aristote est le fondateur de la botanique (vers 347 avant J.-C.), c’est à Théophraste (372-287 avant J.-C.) que l’on doit le plus ancien ouvrage qui soit resté, l’Histoire des plantes, composé en 320 avant J.-C. Hippocrate (460 – 377 avant J.-C.), le père de la médecine occidentale moderne est également considéré comme l’initiateur d’une médecine « naturelle », faisant appel au miel, aux herbes et à un ensemble de plantes. Sur 257 espèces végétales citées dans le Corpus hippocratique, 27 seulement ne sont plus considérées comme douées de vertus thérapeutiques. En 77 avant J.-C., Dioscorides rédige De materia medica, un ouvrage sur les produits médicinaux et qui décrit un peu moins d’un millier de plantes. Ce chirurgien grec, contemporain de l’empereur Neron, restera la référence jusqu’au XVIème siècle.

La littérature ancienne chinoise est elle aussi une source de données ethnobotaniques ainsi qu’ethnopharmacologiques. Des plantes médicinales et hallucinogènes sont énumérées dans une encyclopédie de Li Shih-chen, Pen ts’ao kang mu. Ce recueil, bien que publié qu’à partir de 1596, se base sur un savoir traditionnel ancestral.

L’ethnobotanique se définit comme l’étude de la relation entre les hommes et les plantes qui l’entourent. L’ethnobotaniste explore les usages liés aux plantes : nourriture, abris, médecine, habits, chauffage et cérémonies religieuses. Mais l’usage thérapeutique des plantes est un domaine privilégié, et le succès de cette discipline provient du nombre de substances extraites à partir des sources végétales indigènes. L’ethnopharmacologue prend alors la suite de l’ethnobotaniste.

L’intérêt pour cette discipline s’est accentué durant les années 1990. Les industries pharmaceutiques, friandes de découvertes scientifiques et de nouvelles molécules et principes actifs, se sont engouffrées dans ce filon très prometteur. Les industriels sont maintenant prêts à explorer toutes les parties du monde, là où la médecine par les plantes est le pilier du système médical local. L’Amérique du Sud par exemple, possède une extraordinaire richesse de biodiversité végétale, et de nombreuses espèces sont considérées comme des trésors de principes hautement actifs.

Que ce soit au fin fond de l’Amazonie, du Canada ou de la Mongolie, le chaman est un personnage détenteur du savoir local et garant des religions. En interaction continue avec les éléments de la nature, il « connaît » et « sait utiliser » les produits de la forêt. les ethnologues et botanistes se sont donc naturellement attardés sur ce personnage clé de la plupart des sociétés humaines.

Chamanisme.

Le rôle du chamane, du « voyant guérisseur », personnage-clé dans toutes les sociétés traditionnelles, est précisément d’être ce pont entre le monde et un « au-delà » du temps et de l’espace, généralement associé aux lieux non anthropisés, échappant au contrôle relatif des êtres humains : la mer, la forêt, les plus hautes montagnes, etc., domaines privilégiés des « esprits ».

Le chamane est, par excellence, le gardien de la tradition, et il assure des fonctions multiples qui correspondent, dans la société occidentale, à celles de médecin, de psychiatre et de psychanalyste, mais aussi de prêtre, de chef séculier bien souvent, etc. Ces rôles étaient aussi ceux qui étaient et sont encore attribués aux « sorciers », aux voyants et autres guérisseurs, aux patriarches, en Occident. Mais il est difficile et souvent dangereux d’essayer de trouver des analogies avec les sociétés occidentales.

L’accès à des « états de conscience altérés », outre la voie commune du rêve, est favorisé par la musique, la danse et le recours à de nombreuses substances psychotropes.

Mais d’où le chamane tient-il son pouvoir ? Il s’agit d’abord d’une prédisposition à se transporter dans cet « au-delà » où se trouve l’explication de la cause des désordres, une inclination à la rêverie, à la solitude, des comportements jugés hors norme, etc. Son savoir est aussi profondément ancré dans le concret, et l’enseignement chamanique prend en compte ces différents niveaux. Plus que tout autre, le chamane connaît les ressources offertes par l’environnement, qu’elles appartiennent au monde animal, au monde végétal, ou au monde minéral.

Parmi les multiples substances naturelles utilisées par les êtres humains, on trouve de nombreuses plantes dont ils font leur culture matérielle, dont ils se nourrissent, avec lesquelles ils se guérissent, mais dont certaines, aux vertus psychédéliques ou enthéogènes, leur permettent d’accéder au monde du rêve, de la vision. Les plantes hallucinogènes donnent aux chamanes et souvent aux autres membres de la communauté la possibilité, en transcendant les limites du social et du biologique, par la transe, de retrouver l’état édénique primordial.

Mais l’intérêt de nombreux chercheurs dans le domaine des substances hallucinogènes dans les années 1970 est à l’initiative le plus souvent des industriels du médicament, qui voient dans ces végétaux, des futurs « candidats médicaments », car actifs sur le système nerveux central. Le peyotl, l’ayahuasca, l’Amanita muscaria, le khat, le kawa et bien d’autres sont les élus des « chercheurs de l’or vert ».

Exemple des chamanes Ayahuasqueros amazoniens.

La transe chamanique de certains chamanes ayahuasqueros amazoniens, fait référence à un état psychique particulier induit par l’absorption d’une préparation d’origine végétale appelée ayahuasca en langue quichua. En fait, le terme désigne à la fois une plante et une boisson composée de deux plantes au moins, dont l’ayahuasca.

La plante : il s’agit de Banisteriopsis caapi, liane géante, de la famille des Malpighiacées, utilisée depuis des siècles (les premières traces de son utilisation remonteraient à environ 2500 ans) au Pérou, en Equateur, Colombie, Bolivie, au Brésil (Nord-est) et dans le delta de l’Orénoque.

Préparation : le mode varie selon les lieux. Infusion à froid ou à chaud, macération, etc. Le mélange le plus traditionnel est composé de Banisteriopsis caapi et d’une plante contenant de la diméthyltriptamine (DMT) : Chacruna (Psychotria viridis) au Pérou ; Oco yagé ou Chaliponga (Diploterys cabrerana ou Banisteriopsis rusbyana) en Equateur et Colombie ; Jurema (Mimosa hostilis) au Brésil, etc.

Le mélange de couleur marron et fortement amer, contient de nombreux alcaloïdes psychotropes qui agissent de manière synergique et dont les plus importants sont la diméthyltriptamine (DMT) et des composés de la famille des béta-carbolines tels que l’harmaline et l’harmine. Les scientifiques continuent de s’interroger comment des Indiens sans écriture, ni technique d’investigation formelle, par ailleurs immergés dans une extrême biodiverdsité, ont pu trouver une telle préparation, car seule l’association savante de deux plantes, l’une potentialisant l’autre, permet d’obtenir des effets psychotropes.

L’harmaline et l’harmine sont des inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et à ce titre, de puissants antidépresseurs. Associés à la DMT, un analogue de la sérotonine réputé inactif par voie orale, elles empêchent sa dégradation digestive et favorisent ainsi son absorption ce qui conduit à multiplier par deux, voire trois, le taux de sérotonine cérébrale circulante, principal neurotransmetteur du cerveau, pendant une durée de quelques heures.

Effets : l’absorption de cette boisson entraîne d’abord des effets digestifs violents peu de temps après l’ingestion (vomissements, diarrhées), puis des effets hallucinogènes d’une durée de plusieurs heures.

Pour les utilisateurs de ce breuvage, l’ayahuasca leur ouvre les portes d’une réalité « plus solide » ou « plus complète » que celle que nous laisse entrevoir nos sens à l’ordinaire.

De fait, tous les Occidentaux qui ont expérimentés ce breuvage (et il y en a beaucoup du fait de la multiplication de pseudo-chamanes occidentaux proposant des stages payants) vous diront avoir ressenti « des modifications de la conscience de soi et une transformation des rapports avec le monde », sentiments forts éloignés d’une confusion mentale à l’égard des personnes, de l’espace et du temps. C’est cette expérience vécue qui a poussé bon nombre d’auteurs à proscrire les termes « hallucinogènes », « délirogènes » ou même « psychédélique » pour leur préférer « enthéogène » (générateur d’un sentiment divin à l’intérieur de soi), « adaptogène » (favorisant l’adaptation à l’environnement) ou encore « empathogène » (améliorant le contact avec les autres).

Il est commun d’appeler cet état, transe, mais l’on pourrait tout aussi bien parler d’état second ou même d’état modifié de conscience (EMC).

Les phases d’hyper excitation et de catalepsie extatique se succèdent dans des proportions variables d’un sujet à l’autre. Les sens se trouvent décuplés. Le cours de la pensée semblé accéléré, le sujet est « ailleurs ». Ces changements tant perceptuels qu’émotionnels conduisent la psyché à construire des significations nouvelles de la réalité. C’est là que l’on doit parler de « visions » comme étant le résultat d’une réinterprétation de la réalité lorsque les cadres psychiques ordinaires sont relativisés, voire même abolis. La transe vécue comme une expérience hors de soi conduit à sentir un monde différemment, un peu comme si notre réceptivité s’en trouvait modifiée.

Ayahuasca, danses produisant une hyper oxygénation du cerveau, jeûnes ou claustrations prolongés, douleurs auto infligées sont des techniques simples permettant d’accéder à un état de précognition, durant lequel les fils de la rationalité se dénouent pour aller à la rencontre de l’Autre au sens large du terme. Cet Autre n’est pas l’au-delà, mais bien l’univers en son entier et celui-ci à toutes les caractéristiques d’une entité cohérente … qui n’a de cesse d’engager une communication constante entre toutes ses parties.

Bibliographie.

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Les ethnosciences

Les ethnosciences.

Définition, historique.

Les ethnosciences (au pluriel) sont les savoir et savoir-faire naturalistes d’une société, le plus souvent à tradition orale, à l’égard de son environnement physique et matériel. Ce sont ce que les Anglo-saxons appellent ‘folk sciences‘ ou ‘aborigene sciences‘. Une expression française désuète les qualifie de ‘sciences populaires’. Le terme science n’est pas anodin, et a suscité des polémiques lorsque le concept d’ethnosciences a fait son apparition dans les année 1950. Les savoirs indigènes étaient alors catalogués de « préscientifiques », s’opposant à la science « académique » ; on parle même « d’histoire naturelle ».

Le terme ethnoscience (au singulier) évoque quant à lui le champ pluridisciplinaire qui se consacre aux ethnosciences, les sciences naturalistes élaborées par les peuples indigènes. Ces sciences sont ancrées dans les cultures qui les ont instruites et reçoivent rarement une expression écrite ou une systématisation consciente.

En 1950, apparaît dans la troisième édition du ‘Outline of cultural materials‘ de G.P. Murdock et al. le terme ethnoscience. Cette ‘folk science’ va devenir le sujet de recherche préféré des anthropologues américains de l’école dite de la ‘New Ethnography‘. L’ethnobotanique, l’ethnozoologie, l’ethnométéréologie, l’ethnogéographie etc., vont être considérées comme des catégories de cette ethnoscience. Les travaux d’Harold Conklin qui paraissent en 1954 sur les Hanunoo des Philippines, constituant un tournant majeur dans l’étude des ethnosciences avec l’avènement de l’anthropologie cognitive qui est consacrée aux perceptions indigènes du monde naturel et leurs conséquences écologiques. L’homme pense l’espace et le milieu sur lequel il agit à travers des pratiques.

Au cours des décennies qui suivent, la recherche en ethnoscience va privilégier les aspects classificatoires et nomenclaturaux de ces savoirs locaux. Les systèmes populaires de classification permettent d’aborder les principes mêmes de la connaissance et de ses modes de transmission.

L’étude des systèmes classificatoires va amplement profiter des outils méthodologiques de la linguistique. C’est dans et par la langue que s’opère l’appropriation du social et la construction du réel. La véritable importance de l’étude du langage réside dans sa contribution à l’étude des représentations. La langue construit une vision du monde auquel les Hommes se réfèrent pour décider de leurs actions. La classification des choses de la nature implique une interprétation du fonctionnement de cette nature. Mais la langue permet aussi au chercheur de comprendre comment la culture qu’il étudie ‘voit’ et médiatise son environnement.

L’étude du langage étant indispensable à l’étude des représentations, l’ethnolinguistique va constituer à la fois un champ propre de l’étude des ethnosciences et un outils d’investigation. Un des premiers guides documentaires paru en français et consacrés aux méthodes d’enquêtes en ethnoscience est l’oeuvre de linguistes (Bouquiaux et Thomas, 1976).

Avec l’ethnolinguistique et l’étude de la parenté, l’ethnobiologie est sans aucun doute la discipline qui a suscité le plus d’intérêt auprès des chercheurs. Sous le terme ethnobiologie signifiant l’étude des relations entre une population et son environnement biotique, se trouvent entre autre l’ethnobotanique et l’ethnopharmacologie. Mais aujourd’hui, les enjeux économiques et les conséquences sociales deviennent considérables. Mais outre la découverte de nouvelles substances actives dont l’industrie pharmaceutique est si friande, de nouvelles applications de l’ethnoscience ont vu le jour voilà plus de vingt ans maintenant, dans le domaine de l’ethnoécologie. L’ethnoécologie s’intéresse aux savoirs locaux relatifs à la phénologie des plantes, leur adaptation et leur interaction avec les autres organismes. Elle suppose de mesurer l’impact des gestions locales des ressources vivantes sur la dynamique des écosystèmes, incluant notamment l’appréciation indigène des interactions entre végétaux et animaux. L’ethnoécologie traite conjointement des fondements écologiques des pratiques sociales et des fondements sociaux des pratiques écologiques. Donc, des processus d’interactions et de changements impliqués dans les rapports réciproques entre une société et son environnement naturel. Outre une description fine des techniques -notamment agraires – et de leur influence sur la dynamique biologique, l’étude d’ethnoécologie analyse les savoirs locaux qu’elles mettent en oeuvre, ainsi que ceux qui concernent les phénomènes biologiques qu’elles induisent. Autant qu’une description « scientifique » de la dynamique agroécologique, il revient à l’ethnoécologue d’analyser la théorie indigène de la biodiversité qui sous-tend les pratiques agricoles et non agricoles et les choix stratégiques des acteurs.

Applications de l’ethnoscience.

Conservation de la biodiversité, aménagement du territoire, gestion durable des ressources et défense des droits indigènes, voilà les applications de l’ethnoscience depuis les années 2000. La biodiversité n’est pas un phénomène exclusivement biologique, et il importe de combiner les apports des sciences sociales et des sciences de la nature pour envisager notamment la relation entre la biodiversité et la viabilité des écosystèmes anthropiques.

Il existe à propos de cette dynamique des savoirs locaux sur la biodiversité des stéréotypes contradictoires. Tantôt on déplore l’incapacité des sociétés traditionnelles paysannes à adopter les innovations que l’Occident leur propose, tantôt s’impose au contraire l’image du primitif « écologiquement noble », adapté à son milieu et omniscient à propos de la biodiversité qui l’entoure, en vertu d’une invraisemblable « sagesse » écologique.

Cette contradiction en recouvre une autre qui concerne l’influence de la modernité sur la diversité biologique. Selon les points de vue, l’histoire du développement rural est présenté comme un enrichissement de la biodiversité locale dû à la « révolution verte », la modernisation de l’agriculture et la diffusion volontariste de nouvelles plantes cultivées. Le discours contraire met en avant la notion « d’érosion génétique » laquelle – sous l’influence de la monétarisation, de l’adoption des cultures de rente ou plus généralement d’un mode de vie moderne – incite au rejet des anciennes pratiques et conduit à la réduction de la diversité floristique manipulée par les paysans. De manière concomitante, on déplore souvent la disparition des savoirs traditionnels, mais cela est davantage une constatation attristée que d’une analyse scientifique. Les sociétés traditionnelles ne sont ni des « nobles sauvages », ni des « primitifs pollueurs ». Ils sont parties intégrantes des milieux dans lesquels ils évoluent et qu’ils font évoluer, dans des directions qui, sous l’effet de multiples choix et contraintes, peuvent conduire à un enrichissement ou au contraire à un appauvrissement de la biodiversité.

L’ethnoscience se veut aujourd’hui une discipline engagée, soucieuse de contribuer au bien-être des populations locales tout en proposant des modes d’exploitation durables et raisonnés des ressources. Mais cette discipline souffre de sa situation d’interface, de son positionnement interdisciplinaire. Bien admise au sein des sciences de l’homme et de la société, elle peine en revanche à être reconnue par des disciplines plus pointues relevant des sciences de la vie. Un engagement plus productif des ethnosciences serait, par exemple, de montrer en quoi le fait d’étudier les classifications indigènes des plantes peut être utile à une meilleure conservation des ressources génétiques. Le principal challenge de cette discipline d’interface est justement de négocier l’interface entre la cognition et l’action.

Bibliographie.

Doumias, Edmond (2003). Introduction aux ethnosciences.

Motte-Florac, E.G, Gladys, Ed. (2004). Du terrain au cognitif : linguistique, ethnolinguistique, ethnosciences. A Jacqueline M.C. Thomas. Leuven, Peeters.

Pordié, L., Ed. (2005). Panser le monde, penser les médecines.

Le magnésium

Le magnésium.

Le magnésium, qu’est-ce que c’est ?

Sous sa forme naturelle, le magnésium est un métal peu lourd qui existe au niveau du sol, dans certains aliments en quantités extrêmement minimes, or ce métal, universellement réparti, joue un rôle aussi bien chez l’homme et l’animal que chez les végétaux.

Où trouve-t-on le magnésium ?

Le magnésium n’existe pas en tant que tel à l’état brut. Il existe en effet avant tout sous forme de sel de magnésium dont l’importance n’est pas négligeable puisque l’on estime qu’au moins 2 % des roches de l’écorce terrestre sont constitués de composés magnésiques. Cette répartition du magnésium n’est pas homogène : si quasiment toutes les roches de l’écorce terrestre en contiennent, certaines en sont beaucoup plus riches que d’autres. Ainsi les terrains avec dolomites où les roches contenant du mica sont particulièrement chargées en magnésium.

Le magnésium dans le corps humain.

Le magnésium est dans le corps humain ce que l’on appelle un élément ubiquitaire, c’est-à-dire que nous allons le retrouver jouant un rôle dans des fonctions physiologiques extrêmement nombreuses. Le stock en magnésium du corps humain est pourtant très faible : il n’est en effet que de 24 g chez un adulte de poids normal, soit 30 fois moins que le phosphore et 50 fois moins que le calcium (1.2 kg).

Où se trouve le magnésium dans le corps humain ? Deux tiers sont répartis dans les os, particulièrement au niveau de la couche extrême du tissu osseux que l’on appelle le périoste, le tiers restant se retrouvant dans les tissus mous, surtout au niveau des muscles, des tissus nerveux et des viscères, à l’exception d’un seul petit pour cent qui est le magnésium circulant dans le plasma. On comprend donc tout de suite combien il est important, lorsque l’on fait un bilan chez un malade souffrant d’un déficit en magnésium, d’analyser le contenu cellulaire en magnésium et pas seulement le contenu sanguin, puisqu’au total 99 % du magnésium se retrouvent à l’intérieur des cellules du corps humain.

Il reste vrai que la concentration sanguine du magnésium est un élément essentiel pour son équilibre. Son taux normal est d’environ 20 mg/litre et le taux normal du magnésium dit « érythrocytaire » est d’environ 5 mg/litre, mais ces valeurs restent relatives puisque une grande partie du magnésium du corps échappent au dosage.

Comment le corps absorbe-t-il et élimine-t-il le magnésium ?

Seule l’alimentation peut apporter du magnésium au corps humain de façon naturelle. C’est au niveau du tube digestif, plus précisément de l’intestin grêle, que le magnésium sera absorbé ou résorbé. L’absorption ne porte pas sur la totalité du magnésium ingéré : seuls 40 à 70 % seront utilisés. En outre, ces taux peuvent encore baisser sous l’influence de certains facteurs. Ainsi un régime trop riche en matière grasse va inhiber l’absorption du magnésium. De même, lorsque du calcium et du magnésium ont été prescrits simultanément, si ces deux éléments sont pris en même temps, le calcium va être absorbé en priorité car il existe une compétition entre ces deux éléments, dont le calcium sortira toujours vainqueur.

Mais le point essentiel est la façon dont l’organisme élimine le magnésium. Le magnésium qui n’a pas été absorbé au niveau de l’intestin grêle va être éliminé dans les selles, et celui qui circule dans l’organisme le sera par la sueurs et les urines. Dans ces dernières, on pourra donc doser le magnésium (dosage appelé magnésurie). C’est ainsi que, chaque jour, nous éliminons plus de 1.5 % du magnésium total contenu dans notre organisme. Il faudra par conséquent renouveler de façon quotidienne ces pertes pour disposer d’un stock normal et aussi éviter tout déséquilibre qui pourrait devenir chronique.

Quels sont nos besoins en magnésium ?

Le besoin minimal correspond à l’apport nécessaire pour remplacer les pertes dues à l’élimination naturelle qui est de 1.5 %. Pour couvrir ces pertes, 400 mg de magnésium par jour seront nécessaires pour un adulte en bonne santé, soit de 6 à 10 mg/kilo de poids corporel et par jour. Ces besoins sont doublés, voire triplés, chez le nourrisson, l’enfant, l’adolescent et la femme enceinte, l’homme malade.

Les actions physiologiques du magnésium.

Le magnésium est un facteur indispensable à la plupart des réactions biochimiques enzymatiques de l’organisme. En effet, la vie cellulaire ne se produit et ne se poursuit que grâce à l’intervention de certaines protéines particulières : les enzymes. Certaines sont destinées à la création des noyaux de cellules, d’autres à leur « respiration », d’autres à leur métabolisme. Pour toutes, le magnésium est un activateur obligatoire (comme pour l’enzyme réglant la pompe à sodium) appelé cofacteur. Sans lui, rien ne se passerait. C’est par ce mécanisme que le magnésium est appelé à intervenir dans toutes les grandes fonctions physiologiques du corps.

Le magnésium a un rôle prédominant dans le métabolisme de nombreuses hormones : parathormone (impliquée dans la physiologie osseuse), hormones surrénaliennes (cortisol et aldostérone) et d’autres pour lesquelles il représente un facteur essentiel de transmission du « message hormonal » aux cellules des tissus auxquels il est destiné, grâce une fois encore au niveau de l’utérus et des hormones génitales, et explique tout l’intérêt du magnésium chez la femme enceinte ou venant d’accoucher.

Le magnésium tient une place importante dans l’activité normale des muscles. Lorsque ceux-ci doivent fournir un effort intense comme lors d’une compétition sportive violente ou prolongée, un déficit en magnésium, même modéré, peut entraîner rapidement une faiblesse ou une fatigue musculaire.

Le magnésium possède aussi une action importante sur la vésicule biliaire, il régule l’activité motrice de l’intestin à condition de ne pas l’utiliser à trop fortes doses car c’est un laxatif puissant.

Le magnésium et notre système nerveux.

Le magnésium tient un rôle essentiel dans notre système nerveux car non seulement il permet à l’influx nerveux de parcourir rapidement et correctement nos neurones, mais il joue également une fonction importante dans la commande nerveuse de tous nos mouvements musculaires.

Par ailleurs, les relations entre le psychisme et le magnésium, si elles n’ont pas toujours pu être établies précisément, sont acceptées aujourd’hui de façon quasi unanime. En effet, tout stress physique, moral ou psychologique va entraîner des modifications des ions de l’organisme et en particulier la fuite urinaire du magnésium. Si l’on étudie le nervosisme, l’anxiété et la fatigue chez des personnes soumises à des stress multiples et prolongés (burn out, chômage, dépression, surmenage …) en les comparant au taux sanguin du magnésium, on constate que plus ces signes sont intenses, plus le taux de magnésium est bas.

Extrait du livre Le magnésium, une médecin sur mesure, du Dr Marc Schwob, des éditions Leduc.s

Les huiles essentielles de citronnelles.

Les huiles essentielles de citronnelles.

Les citronnelles sont des herbes vivaces à feuilles linéaires en touffes, raides, à fleurs en épis. On distingue principalement les citronnelles de Java, de Ceylan, le Lemongrass et le Palmarosa. Toutes ces citronnelles appartiennent à la famille des Poacées et sont originaires d’Asie tropicale. Les huiles essentielles sont obtenues par distillation par entraînement à la vapeur d’eau de l’herbe et sont toutes réputées insectifuges. Elles ne devront pas être utiliser chez la femme enceinte et allaitante, chez l’enfant en dessous de 7 ans ou en cas d’asthme, d’épilepsie ou d’allergie.

L’huile essentielle de Citronnelle de Ceylan, Cymbopogon nardus. est originaire du Sri Lanka. Elle est principalement composée de géraniol, bornéol (monoterpénols), de citronnellal (monoterpénals), de formiate et butyrate de géranyle (esters terpéniques) et de méthyl-isoeugénol (phénols méthyl-éthers). Elle possède des propriétés anti-infectieuses, antispasmodique, anti-inflammatoire, et elle est traditionnellement utilisée en cas de colite spasmodique, entérocolite infectieuse, de douleurs pelviennes, de rhumatisme et arthrite.

L’huile essentielle de Citronnelle de Java, Cymbopogon winterianus, est originaire du Vietnam. Elle est principalement composée de géraniol, citronnellol (monoterpénols), d’acétates de géranyle et de citronnellyle (esters terpéniques) et de citronnellal (aldéhydes monoterpéniques). Elle possède des propriétés anti-infectieuses et anti-inflammatoirse et elle est indiquée en cas de pathologies infectieuses, inflammatoires et rhumatismales.

L’huile essentielle de Lemongrass est extraite du Cymbopogon flexuosus Watson., mais est une autre espèce porte aussi le même nom, il s’agit du Cymbopogon citratus (DC) Stapf. Couramment appelées Citronnelle indienne ou Verveine des Indes, ces deux espèces de citronnelles sont cultivées au Guatemala, au Brésil, en Chine, en Zambie, dans l’ouest de l’Inde, ainsi qu’au Vietnam et au Sri Lanka. Elle sont principalement constituées de néral, géranial et citronnellal (aldéhydes monoterpéniques) ainsi que de limonène (monoterpène). Le Cymbopogon flexuosus possèdera néanmoins une plus grande diversité en composés biochimiques (monoterpénols, sesquiterpénols, etc.). L’huile essentielle de Lemongrass possède des propriétés négativantes, toniques digestive, vasodilatatrices, anti-inflammatoires et sédatives. Elle est indiquée en cas d’insuffisances digestive et hépatique, de cellulite, d’artérite, de dystonie neurovégétative. Cette huile essentielle peut être irritante en cas d’utilisation par voie cutanée (dilution dans de l’huile végétale).

L’huile essentielle de Palmarosa, Cymbopogon martinii var. Motia, appelée aussi Géranium des Indes, est originaire du Guatemala, d’Inde et du Vietnam. Principalement composée de linalol, géraniol, nérol (monoterpénols), d’élémol (sesquiterpénols) et de formiate de géranyle, de néryle, et d’acétate de géranyle (esters terpéniques et aliphatiques), elle possède des propriétés positivantes, anti-infectieuses et toniques, et elle est indiquée traditionnellement en cas de pathologies infectieuses ORL, gynécologiques et dermatologiques. Elle s’utilise par voie orale, cutanée et en diffusion atmosphérique.

L’huile essentielle de Gingergrass est quant à elle extraite d’une variété différente du Cymbopogon martinii : la variété Sofia. Plus confidentielle, elle est principalement composée de limonène, alpha-phellandrène (monoterpènes), de géraniol (monoterpénols) et de carvone (monoterpénones). Les propriétés et indications thérapeutiques seront similaires à celles du Palmarosa, bien que la présence de carvone nécessite une plus grande prudence dans son utilisation.

Pour différencier toutes ces citronnelles, outre les notes olfactives propres à chaque huile essentielle, nous pouvons nous référer à la proportion entre les alcools monoterpéniques et les aldéhydes monoterpéniques. Toutes possèdent une activité anti-inflammatoire et anti-infectieuse mais des différences apparaissent. Ainsi, l’huile essentielle de Palmarosa possède une plus grande activité anti-infectieuse que la Citronnelle de Ceylan, elle même plus importante que la Citronnelle de Java et enfin que le Lemongrass, du fait de la teneur plus importante en alcools monoterpéniques. De la même manière l’huile essentielle de Lemongrass possède une plus grande activité anti-inflammatoire que la Citronnelle de Java, elle m-même plus importante que la Citronnelle de Ceylan et enfin que le Palmarosa, du fait de la teneur plus importante en aldéhydes monoterpéniques. Dans tous les cas, ces huiles essentielles seront drainantes et répulsives à insectes.

L’hypothyroïdie, qu’est-ce que c’est ?

L’hypothyroïdie, qu’est-ce que c’est ?

L’hypothyroïdie correspond à un dérèglement de la glande thyroïde qui s’accompagne d’une diminution de la sécrétion d’hormones thyroïdiennes. Elle se caractérise par un ralentissement de la majorité des fonctions de l’organisme, ce qui entraîne notamment : une fatigue chronique, une sensibilité au froid augmentée, une prise de poids, un rythme cardiaque anormalement lent, une peau sèche, de la dépression ou des troubles de la mémoire. L’hypothyroïdie est souvent due à un dérèglement du système immunitaire qui attaque les cellules de la thyroïde et réduit la production d’hormones. Son traitement consiste à prendre des hormones thyroïdiennes de remplacement tout au long de la vie.

Comment fonctionne la glande thyroïde ?

La thyroïde est constituée de deux lobes, situés de part et d’autre du larynx, à la base du cou. Cette glande sécrète des hormones qui sont la tri-iodothyronine (également appelée T3) et la thyroxine (également appelée tétra-iodothyronine ou T4). Ces hormones jouent un rôle essentiel dans la croissance des os, le développement intellectuel mental, l’utilisation des graisses et des sucres par le corps. De plus, elles augmentent la consommation d’oxygène et d’énergie par les cellules.

La production d’hormones par la thyroïde est régulée par une hormone stimulante, la TSH (Thyroid Stimulating Hormone, également appelée thyréostimuline). La TSH est sécrétée par l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau. Cette régulation repose sur le principe du thermostat : une baisse des taux sanguins de T3/T4, comme c’est le cas lors d’une hypothyroïdie, entraîne une augmentation du taux sanguin de TSH afin de stimuler la thyroïde à produire plus de T3/T4. À l’inverse, un taux sanguin excessif de T3/T4 (une hyperthyroïdie) provoque une chute du taux sanguin de TSH pour freiner l’activité de la thyroïde.

La présence d’iode dans la thyroïde est indispensable à leur synthèse et, pour cette raison, la thyroïde a la propriété d’accumuler l’iode fournie par les aliments.

Qu’est-ce que l’hypothyroïdie ?

L’hypothyroïdie se caractérise par une diminution ou une absence de production des hormones thyroïdiennes. Il en existe deux types : l’hypothyroïdie dite « périphérique », conséquence d’une maladie de la glande thyroïde elle-même, et l’hypothyroïdie dite « centrale », lorsque l’hypophyse ne secrète pas assez de TSH.

L’insuffisance d’hormones thyroïdiennes dans le sang diminue le métabolisme de manière générale et peut être à l’origine de symptômes variés.

Qui est touché par l’hypothyroïdie ?

On estime qu’entre 3 et 10 % des Français souffrent d’hypothyroïdie, ce pourcentage augmentant avec l’âge. Les femmes, en particulier après 50 ans, sont deux à trois fois plus touchées que les hommes.

Dans les pays industrialisés, les personnes les plus susceptibles d’être atteintes d’hypothyroïdie sont :

les femmes de plus de 60 ans : plus de 10 % d’entre elles seraient touchées ;
les femmes ayant accouché dans l’année : entre 5 et 8 % d’entre elles seraient touchées de manière transitoire par une inflammation de la thyroïde, ou thyroïdite « post-partum », qui provoquerait une hypothyroïdie durable dans 20 % des cas ;
les personnes ayant des antécédents personnels ou familiaux de maladie de la thyroïde ;
les personnes souffrant de maladies auto-immunes comme, par exemple, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite, la maladie de Gougerot-Sjögren, le psoriasis, etc.

Quels sont les symptômes de l’hypothyroïdie ?

En cas d’hypothyroïdie, de nombreux symptômes peuvent être observés, mais chaque patient n’en exprime que quelques uns. Comme l’hypothyroïdie est une maladie qui apparaît lentement, il est fréquent que la personne n’identifie pas ces symptômes comme étant causés par une seule maladie. Elle se sent fatiguée, déprimée ou essoufflée à l’effort, mais ne fait pas le lien entre ces signes. L’hypothyroïdie est souvent diagnostiquée lorsque d’autres causes plus évidentes ont été éliminées.

Les symptômes de l’hypothyroïdie varient selon le degré du déficit en hormones thyroïdiennes. Il est assez fréquent que l’hypothyroïdie soit modérée et ne produise pas de symptômes notables. On parle alors d’hypothyroïdie infraclinique (ou « frustre » ou « asymptomatique » ou « occulte »). Cette forme d’hypothyroïdie est particulièrement observée chez les personnes âgées de plus de 60 ans et chez les enfants.

Lorsque l’hypothyroïdie s’aggrave, on peut observer :

de la fatigue chronique et un manque d’énergie ;
des difficultés de concentration et des troubles de la mémoire, surtout chez les personnes âgées ;
des symptômes dépressifs (manque de motivation, troubles du sommeil, etc.) ;
une tendance à être frileux même quand la température est agréable ;
des crampes musculaires et des fourmillements dans les membres ;
un rythme cardiaque anormalement lent (bradycardie) qui peut se traduire par un essoufflement à l’effort ;
une sécheresse et une pâleur de la peau, associées à des cheveux et des ongles secs et cassants ;
une prise de poids malgré un appétit normal ;
un taux sanguin de cholestérol anormalement élevé ;
de la constipation ;
chez les femmes, des règles irrégulières et des problèmes de fertilité.

Le goitre (gonflement à la base du cou), autrefois classiquement associé à l’hypothyroïdie, est devenu rare car il n’apparaît que tardivement en l’absence de traitement.

Quelles sont les complications de l’hypothyroïdie ?

Si l’hypothyroïdie n’est pas diagnostiquée ou traitée chez un adulte (et en particulier une personne âgée), un gonflement du visage (myxœdème) accompagné d’une peau jaune et sèche, voire un coma, peuvent survenir. Mais il s’agit d’une complication devenue exceptionnelle de nos jours. Il semblerait également qu’une hypothyroïdie fruste non soignée puisse augmenter le risque d’accidents cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, etc.).

Chez les enfants, une hypothyroïdie non soignée entraîne des complications graves : petite taille (nanisme) et retard mental important (le « crétinisme »).

Extrait de la Newsletter EurakaSanté de juin 2018.

Le manganèse

Le manganèse.

Le manganèse est un minéral méconnu à tort car il est associé à plusieurs fonctions vitales de l’organisme. Élément chimique de numéro atomique 25 et de symbole Mn, il est un métal dit de transition.

La minéralogie et la chimie suédoise ont révélé l’élément « manganèse » dans la magnésie noire ou « magnesia nigra » en latin, mais ce composé minéral est déjà bien connu dans l’Antiquité et prend sa dénomination de la cité lydienne de Magnésie du Sipyle, qui en faisait commerce (la Magnésie désignait une région naturelle d’Asie Mineure riche en aimants naturels).

Quelle est l’action du manganèse sur l’organisme ?

C’est tout d’abord le cofacteur de trois enzymes importantes : le superoxyde-dismutase, le pyruvico-carboxylase et le glycosyl-transférase.

Le superoxyde-dismutase dont il entre dans la composition est l’un des deux enzymes anti-radicalaires (le second est le glutathion peroxydase). A ce titre, il fait barrière aux radicaux libres qui sont des agents du vieillissement, protégeant les membranes cellulaires contre une érosion dégénérante.

L’enzyme pyruvico-carboxylase, lui, intervient dans le cycle de Krebs qui commande la production d’énergie au niveau des mitochondries cellulaires, autre fonction réellement majeure du manganèse.

Quant à l’enzyme glycosyl-transférase , il intervient dans la synthèses des mucopolysaccharides qui sont des agents structurant des tissus conjonctifs articulaires, contribuant à la consolidation des cartilages affectés par l’arthrose.

Mais ce n’est pas tout. Le manganèse est nécessaire à la synthèse de l’interféron, élément clé de la défense de l’organisme contre les infections microbiennes et virales, d’où sa fonction immunostimulante.

Sans oublier ses autres actions : il intervient dans le métabolisme des lipides et des glucides, dans la synthèse des hormones thyroïdiennes et sexuelles, et dans la prévention contre les manifestations allergiques. Enfin, le manganèse est reconnu actif pour stimuler le système nerveux et les fonctions cognitives.

Carence.

La carence en manganèse se manifeste principalement par des problèmes articulaires, des allergies, un manque de réflexe, des pertes de mémoire, une fatigue générale.

Surdosage.

La manganèse non assimilé par l’organisme pour satisfaire ses besoins est excrété par le foie, via la vésicule biliaire. Or, en cas de calculs biliaires qui font obstacle à cette excrétion naturelle, une rétention de manganèse est possible.

Surgit alors un problème : le manganèse non assimilé et non excrété interfère de façon négative avec le fer dont il freine l’absorption, ce qui est un vrai problème étant donné l’importance du fer dans la physiologie.

Besoins ne manganèse.

Enfant 1 à 3 ans : 1,2 mg/jour / Enfant 4 à 10 ans : 1,5 mg/jour / Adolescent : 1,9 mg/jour / Adulte (homme) : 2,3 mg/jour / Adulte (femme) : 1,9 mg/jour / Femme enceinte : 2 mg/jour / Femme allaitante : 2,5 mg/jour

Besoins accrus.

Femmes prenant un contraceptif oral (qui freine l’absorption du manganèse) / Personnes ayant un terrain allergique.

Teneur des aliments en manganèse (mg / 100 g)

Noisette : 4,20 / Châtaigne : 3,70 / Myrtille : 3,30 / Pois cassé : 2,40 / Soja en grains : 2,30 / Haricot blanc : 2 / Amande : 1,80 / Noix : 1,70 / Arachide : 1,50 / Noix de coco : 1,40 / Ail : 1,30 / Pain complet : 1,20 / Ananas : 1 / Betterave : 0,90 / Persil : 0,90 / Épinard : 0,80 / Datte : 0,80 / Banane : 0,75 / Pain blanc : 0,60 / Cresson : 0,50 / Laitue : 0,50 /  …

Extrait du livre Les vitamines, minéraux et oligoéléments de Jean-Luc Darrigol, collection ABC, édition Grancher, page 137.

Gaulthérie couchée ou odorante ? Quelles sont les points communs et les différences ?

Gaulthérie couchée ou odorante ? Quelles sont les points communs et les différences ?

Une des stars de l’aromathérapie est l’huile essentielle de gaulthérie. Deux espèces de gaulthérie sont principalement cultivées pour en extraire l’huile essentielle : la gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens L.) et la gaulthérie odorante ou (Gaultheria fragantissima Wall.). Quelles sont les points communs et les différences observées entre ces deux huiles essentielles ?

La gaulthérie était connue et utilisée depuis fort longtemps par les sorciers amérindiens pour des pathologies inflammatoires. Les Indiens en effet faisaient une consommation énorme de gaulthérie, tant par voie interne, contre les maladies infectieuses, pour faire tomber la fièvre, que par voie externe, pour soulager leurs douleurs et cicatriser leurs blessures.

Au début du XIXe siècle, les Iroquois préparaient le « Swains panacea », en faisant macérer la gaulthérie. Cette préparation avait alors la réputation de guérir tous les maux … telle une authentique panacée, à l’image du ginseng asiatique ou de la sauge européenne.

Vers 1815, à Paris, le pharmacien Boyveau copia cette préparation et formula un produit appelé Rob de Laffecteur, et on retrouve d’ailleurs encore aujourd’hui la gaulthérie dans de nombreux baumes et pommades allopathiques (maintenant remplacé part le principe actif isolé).

La gaulthérie couchée ou Wintergreen, Gaultheria procumbens L., de la famille des Ericaceae, est originaire des montagnes Rocheuses de l’Ouest américain et pousse jusqu’à 1500 mètres d’altitude sur les pentes et les terrains issus de la décomposition des anciennes moraines glacières. Petite plante vivace de sous-bois d’une dizaine de centimètres de hauteur, elle rampe sur le sol, arrive à fleurir sans lumière, car elle possède peu de chlorophylle. Ses feuilles persistantes, toujours vertes et teintées de pourpre sur le dessus, lui valent le nom anglais de Wintergreen. Ses fleurs sont solitaires, de blanches à rose pâle, en forme de clochettes portées par des tiges érigées. Les fruits sont de fausses baies, d’un rouge écarlate durant tout l’hiver. Elle aime un biotope fait des sols humides, les bois et les marais acides et sableux, les forêts de sapins du Canada, par exemple.

L’huile essentielle est obtenue par distillation par entraînement à la vapeur d’eau des parties aériennes, et est quasi exclusivement composée de salicylate de méthyle (plus de 99 %). C’est une huile essentielle très fluide, incolore ou jaunâtre, avec une odeur caractéristique du salicylate de méthyle.

L’huile essentielle de gaulthérie couchée possède des propriétés antispasmodique, anti-inflammatoire, hépatostimulante et vasodilatatrice et elle est indiquée en cas de rhumatismes musculaires, tendinite, crampe, arthrite, d’épicondylite, polyarthrite rhumatoïde, de petite insuffisance hépatique, mais aussi d’hypertension, de céphalées ou de coronarite.

La gaulthérie odorante, Gaultheria fragantissima Wall., est originaire du Népal. L’huile essentielle est extraite elle aussi des parties aériennes et elle est principalement composée de salicylate de méthyle (99 %), tout comme celle du continent américain. Néanmoins, une plus grande diversité biochimique est retrouvée dans cette huile essentielle, lui conférant une fragrance plus fine, ainsi qu’une couleur plus rougeâtre. Des phénols (phénol, eugénol), phénols méthyl-éthers (béta-asarone) ou encore des aldéhydes (hexanal, trans-2-décénal, etc) font parti de sa composition.

Les propriétés de la gaulthérie odorante sont les mêmes que la gaulthérie couchée : antispasmodique, anti-inflammatoire, hépatostimulante et vasodilatatrice. Les indications seront elles-aussi similaires. Néanmoins, la gaulthérie odorante se retrouve indiquée dans certaines dermatoses, l’eczéma ou le pityriasis, mais la grande différence entre ces deux huiles essentielles se fera exclusivement par le maître parfumeur, pour les caractéristiques olfactives des huiles.

Autres points communs : les huiles essentielles de gaulthéries ne s’utiliseront que par voie cutanée, généralement diluées dans de l’huile végétale. La voie orale est réservée aux médecins aromathérapeutes, et la diffusion est contre-indiquée. Indiquées à partir de 12 ans, elles sont contre-indiquées aux femmes enceintes et allaitantes, et aux personnes allergiques (en particulier à l’aspirine). Certains auteurs déconseillent aussi les applications sur des zones étendues d’huile essentielle de gaulthérie, notamment en cas de prise concomitante d’anticoagulants.

Il est à noter que la qualité de ces huiles essentielles est à surveiller, tant la fraude est fréquente et facile, par ajout de salicylate de méthyle de synthèse. Utilisée en Amérique du Nord dans la formulation de produits d’hygiène buccale, de produits cosmétiques, de préparations médicamenteuses pour l’usage externe ainsi que pour l’aromatisation de produits alimentaires, l’essence de Wintergreen est souvent remplacée par le salicylate de méthyle synthétique. Naturel ou synthétique, ce produit est régulièrement à l’origine d’intoxications dont la symptomatologie est celle de l’intoxication salicylée : 1 ml de salicylate de méthyle est équivalent à 1,4 g d’acide acétylsalicylique et les quantités ingérées sont parfois supérieure à 10 ml. Cet ester est également le constituant majoritaire de préparations d’origine asiatique destinées à induire une analgésie locale (Red oil chinese).

Médicaments, vague de chaleur et déshydratation.

Médicaments, vague de chaleur et déshydratation.

Les vagues de chaleur et les climats très chauds nécessitent une adaptation de l’organisme. Lorsque les capacités de régulation de la température sont dépassées, la déshydratation et le coup de chaleur peuvent survenir, mettant en danger la vie de la personne. La prise de médicaments en cas de forte chaleur n’est pas sans risque : certains médicaments peuvent augmenter les effets de la chaleur et leur usage peut nécessiter une modification de la posologie par le médecin traitant.

Quels sont les risques en cas de canicule ?

Lors d’une vague de chaleur ou sous un climat tropical extrême, une température ambiante élevée peut favoriser l’apparition de deux complications : la déshydratation et le coup de chaleur.

La déshydratation se manifeste lorsque les pertes en eau du corps sont plus importantes que les apports par les boissons et les aliments. Elle apparaît en quelques jours et se traduit par une sensation de bouche sèche, une diminution du volume des urines qui prennent une couleur foncée, une fatigue et des maux de tête. Si elle n’est pas soignée, elle se traduit par de la fièvre et, parfois, des troubles du comportement ou une perte de conscience. Dans les cas sévères, la déshydratation peut entraîner le décès.

Le coup de chaleur apparaît en moins de six heures. Il se traduit par une sensation de chaleur intense, une rougeur de la peau, des troubles du comportement pouvant aller de l’hébétude à l’agressivité, une démarche titubante, de la fatigue et une soif intenses, des crampes musculaires, des nausées ou des vomissements. S’il n’est pas pris en charge, il peut provoquer un coma mortel en moins de 24 heures.

Le risque de connaître une de ces complications varie selon plusieurs paramètres. Il est augmenté chez les nourrissons et les enfants, les personnes âgées et les personnes qui souffrent de certaines maladies chroniques (troubles cardiaques, insuffisance rénale, maladie entraînant un confinement au lit, etc.).

Les médicaments peuvent-ils déclencher un coup de chaleur ?

La prise de médicament, lorsqu’elle respecte les consignes données par le médecin, n’est pas un facteur déclenchant de la déshydratation et du coup de chaleur, même lors d’une canicule. Néanmoins, certains médicaments peuvent contribuer à l’aggravation de ces complications lorsqu’elles surviennent. En effet, certaines substances peuvent interagir avec les mécanismes de régulation de la température par le corps.


Lors d’une canicule, d’un séjour en zone tropicale (ou même d’une activité sportive sous un climat chaud), le médecin peut envisager d’adapter le traitement de son patient pour éviter ces effets aggravants. Cette adaptation se fait au cas par cas et aucune règle systématique ne peut être proposée.

En cas de canicule, plusieurs familles de médicaments peuvent représenter un risque et doivent être prises en considération par le médecin.

Les médicaments diurétiques (en particulier ceux qui contiennent du furosémide) peuvent aggraver la déshydratation, tout comme les médicaments qui peuvent perturber le fonctionnement des reins : les anti-inflammatoires non-stéroïdiens comme l’ibuprofène, l’aspirine à dose antalgique (plus de 500 mg par jour), les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine et les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II, les antibiotiques de la famille des sulfamides et certains antiviraux.

Certains médicaments peuvent empêcher l’élimination de la chaleur par le corps. Lors de chaleur extrême, le corps s’adapte en éliminant une quantité plus élevée de calories. Pour cela, il a recours à plusieurs mécanismes dont les principaux sont la transpiration et la dilatation des vaisseaux sanguins de la peau. C’est pour cela que lorsqu’on a chaud, on sue et on est rouge. La transpiration, lorsqu’elle s’évapore, consomme de la chaleur et refroidit la surface du corps. La dilatation des vaisseaux sanguins de la peau permet d’augmenter les échanges de température entre le sang, la peau et l’atmosphère. Ces réactions sont contrôlées par des régions du cerveau chargées de réguler la température du corps (l’hypothalamus).

Les médicaments concernés sont certains antidépresseurs, anti-histaminiques, anti-parkinsonniens, antispasmodiques destinés à soulager l’incontinence urinaire, les neuroleptiques, le pizotifène et le disopyramide. Les médicaments utilisés contre le rhume (contenant des vasoconstricteurs), l’hypotension orthostatique et la migraine, les hormones thyroïdiennes, les neuroleptiques et les anti-hypertenseurs seront aussi à surveiller.

Que faire lorsqu’on prend des médicaments pendant une vague de chaleur ?

Si l’on prend des médicaments susceptibles de réduire les capacités du corps à s’adapter à la chaleur, il peut être utile de faire le point avec son médecin sur ses traitements et ses éventuels facteurs de risque. Dans tous les cas, n’arrêtez pas votre traitement et ne réduisez pas les posologies sans en parler avec le médecin qui vous a prescrit ces médicaments. Il pourra éventuellement prescrire des examens complémentaires (état d’hydratation, fonctionnement des reins, etc.) pour mieux cerner le risque et prévenir les complications. Il est également recommandé de ne prendre aucun médicament en automédication en période de canicule, plus particulièrement chez les personnes âgées.

La chaleur peut-elle interférer avec un traitement ?

Dans certains cas, la chaleur extrême et la déshydratation peuvent modifier la façon dont un médicament est éliminé par le corps. Dans ce cas, des effets indésirables peuvent apparaître qui contribuent également à aggraver un coup de chaleur. Les médicaments concernés par ce problème sont les sels de lithium prescrits contre les troubles bipolaires, les médicaments des troubles du rythme cardiaque, les médicaments de l’épilepsie, certains médicaments du diabète de type 2 et ceux destinés à lutter contre l’excès de cholestérol (médicaments de la famille des statines et des fibrates).

Comment conserver ces médicaments ?

Les médicaments à conserver à température ambiante : ces médicaments ne craignent pas la chaleur de nos climats, même en cas de canicule. Ils peuvent résister à des températures de 40°C pendant six mois. Ils ne demandent pas de précaution particulière sauf dans des conditions extrêmes (par exemple, dans une voiture au soleil où la température peut dépasser 40°C).

Les médicaments à conserver à une température inférieure à 25 ou à 30°C : ces médicaments se conservent à des températures modérées. Toutefois, un excès de chaleur pendant quelques jours, voire quelques semaines, ne nuit pas à leur efficacité. Il suffit donc de les stocker dans son armoire à pharmacie. Lors de voyage pendant une vague de chaleur, il est préférable de les transporter dans un emballage isotherme non réfrigéré.

Les médicaments à conserver entre 2 et 8°C : ces médicaments doivent être conservés au réfrigérateur. En cas de vague de chaleur, il convient donc de vérifier avec un thermomètre que son réfrigérateur reste capable de fonctionner correctement. Une fois sortis du réfrigérateur, il faut les utiliser rapidement. Leur transport exige un emballage isotherme réfrigéré (par exemple une poche de glace) mais en veillant à ce que le médicament ne congèle pas au contact de la source de froid.

Les formes pharmaceutiques sensibles à la chaleur : les médicaments qui se présentent sous forme de suppositoire ou d’ovule sont susceptibles de fondre en cas de forte chaleur et les crèmes et pommades peuvent également changer d’aspect. Il est donc important de les conserver si possible au frais. Si vous constatez une modification importante de la couleur ou de la texture (séparation entre la phase grasse et la phase aqueuse) après exposition à la chaleur, il est préférable de ne pas utiliser vos produits car ces changements d’aspect peuvent indiquer un changement des propriétés et une baisse d’efficacité.

Pour en savoir plus sur https://eurekasante.vidal.fr/medicaments/prendre-traitement/medicaments-vague-chaleur.html?cid=eml_000081#IjteuJL4537kx8Rd.99